Tony Hawk's American Sk8land

TEST PC

La planche à la main et le regard dans le lointain, notre ami le grand Tony Hawk cherche l'inspiration dans l'horizon. "Devrais-je faire un backflip en retour arrière, ou bien deux ollies suivies d'un revert ?", se dit ce célèbre héros des temps modernes. Un questionnement bien loin de notre quotidien de pauvres mortels ne pouvant comprendre le langage des dieux. Tony serait-il une divinité alors ? Et bien on pourrait le penser tant son culte se fond dans celui s'adressant aux jeux de sa série. Un courant nouveau se créé, un flot de liberté et de skateboard. Levons-nous mes frères et crions les louanges du maître Hawk ! Néanmoins, il se rapproche quand même plus juste d'un bon skater... au fond... en cherchant bien.

Auréolé de sa position de star incontestée et incontestable de la glisse de rue, ce cher Tony donne un cachet particulier à sa série vidéoludique, jouant comme une sorte de phare pour les acheteurs encore bien loin des habitudes du soft d'Activision. Un phare qui d'ailleurs brille tellement fort qu'il attire à lui des millions de sportifs virtuels, obligeant l'éditeur américain à abreuver le marché de versions plus ou moins réussies. Après des années de bons et loyaux services, notre skateur charismatique apparaît donc toujours aussi fringuant, défiant la concurrence d'un piédestal imprenable. Malheureusement, si le vent commence à tourner, ce n'est pas sa planche qui lui servira de parachute. Et ainsi, c'est le constat que l'on fait après avoir joué à cette version nommée Sk8land.

Faisant "suite" à un Tony Hawk's Underground 2 exhaustif mais handicapé par une sorte de 3D baveuse, le jeu qui nous intéresse aujourd'hui revient dans un domaine qu'il maîtrise bien plus, à savoir le soft de sport entièrement en 3D isométrique. Un parti pris qui a fonctionné sans heurt au cours de quatre épisodes "classiques" et qui fait donc un retour triomphant ici. Pourtant, c'est avec un peu de fraîcheur qu'on l'accueille. Non que cela ne nous fasse pas plaisir de retrouver des personnages chamarrés et des décors assez détaillés, mais il subsiste tout de même une sorte de "recul" réflexe à l'idée de se frotter de nouveau aux classiques angles morts. En effet, le plus gros problème avec la 3D isométrique demeure la difficulté d'effectuer des mouvements précis, ne pouvant pas vraiment se situer face à des obstacles. Certes, ceux-ci deviennent quelque peu transparents lorsque vous vous aventurez derrière eux, afin de vous garantir une vision de votre parcours, mais cela ne suffit pas à se placer correctement. On passe du coup plus son temps à essayer de savoir où l'on va atterrir plutôt que de se concentrer sur les tricks en eux-mêmes. Un écueil dommageable, présent depuis le premier titre de la saga sur GBA que les développeurs ont visiblement du mal à amputer.

Autant le jeu peut se révéler amusant et maniable, autant cet aspect nuit réellement au plaisir pris. Toutefois, il est difficile de le considérer comme un véritable défaut, étant donné qu'il n'y a pas beaucoup d'autres moyens de construire un jeu de skateboard. En revanche, il est bien moins aisé de pardonner dans le cas de l'architecture des niveaux. Ceux-ci, se déroulant parfois sur plusieurs niveaux de hauteur, ne bénéficient pas d'un détachement suffisant des diverses parties. Il est souvent peu pratique de discerner un endroit accessible d'un lieu bien trop escarpé à cause justement d'un manque de bordures claires ou d'une quelconque démarcation. On a réellement l'impression, du moins dans certain cas, d'évoluer sur un tableau plan et sans aspérité. De plus, l'absence d'une carte de la ville provoque des envies irrémédiables de violence, tant les indications de directions s'avèrent évasives. Lorsque l'on vous demande de vous rendre à l'entrepôt, que vous ne savez pas où se trouve ce bâtiment maudit et que vous n'y voyez qu'à trois mètres devant vous durant tout le trajet, je vous garantis que supporter cela reste une gageure. Un détail diront certains, mais qui réduit considérablement le plaisir de jeu. Toujours construit comme un enchaînement de petites missions offertes par des passants, le mode "carrière" reste donc le moins amusant tout en étant le plus complet. D'une part à cause des lacunes exposées ci-dessus, et d'autre part à cause des demandes de vos divers admirateurs. Ces dernières, même si elles demeurent faciles à saisir, se montrent parfois particulièrement floues, notamment dans la localisation de l'épreuve. C'est bien beau de vouloir voir votre skateur grinder un escalier, mais de quel côté et sur quelle distance ? On ressent clairement un manque de finalisation dans cet épisode, qui se complète par un aspect graphique un peu en retrait de ce qui se fait habituellement sur GBA.

En dépit d'une animation digne d'éloges, les sprites présentés ici se révèlent assez grossiers, ressemblant parfois à de vagues amas de pixels sans âme. Hormis les vêtements qui changent quelque peu en fonction du "rider", vous aurez la plus grande difficulté à reconnaître les stars de la discipline. Certes, nous sommes sur GBA, mais lorsque l'on voit le niveau de perfection atteint par Sword Of Mana, on peut se dire que ce Tony Hawk's se laisse un peu aller. En effet, et malgré une certaine diversité, les décors manquent eux aussi cruellement d'attention, étant moins peaufinés que ce à quoi on aurait pu s'attendre. On se retrouve donc avec un gameplay toujours aussi bon dans le fond mais déséquilibré par des lacunes facilement évitables ainsi qu'accompagné d'une apparence graphique potable, mais nettement en dessous de ce qui se fait actuellement sur GBA. La loi du déséquilibre règne donc dans les rues mal famées d'Hollywood et empêche ce nouvel opus de la série d'Activison de se hisser dans les indispensables de la fin d'année. Et ce n'est pas avec son mode classique reprenant les règles habituelles de la saga et ses modes multis assez limités qu'il parviendra à se creuser un petit nid douillet dans votre ludothèque. Préférez-lui nettement les opus 4 et Underground 2, ou son excellent homologue sur DS si vous possédez la dernière machine de Nintendo. A force de se perdre en tricks divers et variés, notre bon Tony a perdu un tantinet le sens des réalités. Espérons qu'il le retrouve suffisamment rapidement pour redorer son blason.

Killy, le 22 décembre 2005