Gunstar Future Heroes

TEST PC

Les plus vieux d'entre vous, encore nostalgiques des carapaces vertes au détour d'une tuyauterie ou des anneaux dorés attirant des hérissons bleus, se souviennent sûrement d'un certain Gunstar Heroes, qui avait fait figure de jeu d'action culte après quelques semaines seulement d'activité. Conçu par le tout jeune studio Treasure, ce beat'em all mâtiné de shoot'em up posa les limites de l'orgie ludique tant son contenu dépassait les attentes les plus folles des amateurs d'action intense et électrique. Alors que rien ne laissait présager un tel parachutage, sa valeureuse suite, nommée prosaïquement Gunstar Future Heroes atterrit dans nos contrées. La révolution est-elle une nouvelle fois en marche sur la Terre aux 5 lunes ?

Reprenant comme base scénaristique les évènements de l'opus initialement sorti sur Megadrive en 1994, le titre de Treasure nous narre l'évolution de la Terre désormais libérée de la menace qui la gangrenait, alias le Destructeur. Sa destruction aboutit à la création de quatre lunes entourant la planète bleue paisiblement, contenant chacune en leur sein une gemme aux pouvoirs mystérieux. La paix régnait donc sans la moindre ombre à l'horizon, laissant les terriens profiter de leurs cocktails aux fruits rouges et des festivals de musique baroque. Mais comme tout le monde le sait, sauf visiblement les héros, ces ères bienheureuses ne durent que peu de temps et se concluent souvent par l'arrivée d'un grand méchant mégalomane. C'est donc ce qui se produit par l'intermédiaire de l'Empire, ayant créé une cinquième lune artificielle et militaire dans le but de concentrer le potentiel des gemmes. Comme vous vous en doutez, le clan des gentils ne peut pas légitimement laisser les choses se passer de cette façon. De ce fait, deux agents appelés Bleu et Rouge, transfuges direct de Gunstar Heroes sont envoyés sur les divers satellites de la Terre dans le but de subtiliser les gemmes avant l'opposant totalitaire. Néanmoins, votre aventure débute par l'attaque surprise de votre base, que vous ne pourrez pas éviter, à votre grand regret. Comme chacun le sait, les trames des beat'em all ne sont pas des plus épaisses, et ne s'avèrent souvent qu'un prétexte pour le déchaînement des sens. C'est d'ailleurs le cas ici, le titre de Treasure se savourant goulûment sans une seule arrière-pensée scénaristique. Après avoir fait votre choix entre les deux protagonistes principaux ne se différenciant que par leur couleur et une de leurs armes, vous voilà projeté dans le déluge ludique le plus impressionnant de cette année, sublimant la notion d'action.

Véritable maelström lumineux, Gunstar Future Heroes laisse entrevoir les entrailles de la GBA par une faille électrique et fascinante. Rarement la portable de Nintendo était parvenue à distiller un tel spectacle, mêlant des effets de zoom, l'utilisation d'un mode 7 extrêmement dynamique, l'affichage de plusieurs dizaines d'unités simultanément en un festival pyrotechnique miniature. Dès l'entrée en matière du premier niveau, vous serez assailli par des myriades de tirs ennemis se répétant aux quatre coins de la zone de combat, ne vous laissant comme solution que l'utilisation de votre instinct. En effet, le soft de Treasure se joue de façon pratiquement inconsciente tant l'adrénaline masque toute réflexion logique. Votre esprit est tout d'un coup obnubilé par ces murs de lasers cherchant la moindre faille dans le seul but de survivre. Depuis Gradius V (produit par le même studio étonnamment), jamais l'intensité de l'action n'était montée à un tel cran. D'autant qu'entre les mains, ce soft nerveux dévoile une jouabilité sans faille, intuitive, et n'acceptant aucune de vos erreurs. Même les joueurs arborant la plus grande mauvaise foi possible ne pourront décemment accuser leur console ou une bourrasque de vent impromptue. Le gameplay a beau être simplifié au possible, il n'en demeure pas moins digne d'intérêt du début à la fin de votre quête, sans révéler ne serait-ce qu'une faiblesse. Possédant trois types d'armes différents, vous devrez apprendre à jongler avec chacune d'entre elles lors de combats titanesques avec des hordes d'individus plus ou moins aisés à vaincre selon votre choix offensif. Toutefois, si vous tendez à être débordé par le nombre de belligérants, vous pourrez faire appel à une attaque spéciale se déclenchant d'une double pression sur la gâchette droite. Bien entendu il vous incombera d'attendre que la barre correspondante, se comblant au fur et à mesure de vos exactions, atteigne son apogée. En sus, un vrai guerrier se doit de maîtriser les arcanes de la lutte physique.

C'est donc pour cela qu'il vous est possible de recourir à des assauts au corps-à-corps très utiles, et surtout complétant parfaitement l'utilisation des armes de poing. Il ne vous restera plus alors qu'à éliminer du soldat via des coups de pied sautés, à l'aide d'une glissade meurtrière, ou encore d'un coup de poing digne d'un "shoryuken". Une variété rare dans ce type de jeu vous fait donc l'honneur de s'ouvrir totalement à vous, vous laissant découvrir au fur et à mesure les plus petites subtilités que vous ne verrez sûrement qu'après de multiples essais infructueux. A ce propos, le soft même est une ode à la diversité, lorgnant dans des directions aussi originales que renversantes. Vous aurez donc pêle-mêle l'occasion de participer à une séquence de shoot'em up inspirée d'After Burner, à un simili jeu de l'oie vous imposant des épreuves sur chaque case, ou encore à une collecte de poussins jaunes dans un niveau pivotant rappelant quelque peu Flicky. Chaque niveau ou demi-niveau parcouru est une surprise constante, renouvelant le fond du soft à intervalles très réguliers, et bannissant dans des limbes inconnues la dangereuse lassitude. Sincèrement, jamais un titre n'avait réussi à contenir en si peu de niveaux une masse d'idées aussi imposante. Car s'il est un défaut notable concernant Gunstar Future Heroes, c'est bien sa durée de vie. En effet, si tant est que vous ayez un tantinet l'habitude des shoot'em up 2D assez retors vous terminerez ce petit bijou en une après-midi pluvieuse. Plus un regret qu'un défaut à part entière, ce constat pourra tout de même amener un recul quant à l'achat du titre. Néanmoins devant cette profonde honnêteté, cette parade classieuse en direction du public, il serait bien tatillon de refuser une telle expérience, pouvant aisément se confondre avec une production DS tant sa plastique illumine la GBA. Pour son retour sur la portable de Nintendo, Treasure nous convie donc à un banquet gargantuesque de pixels et de fureur qui, bien loin de combler l'estomac, ne cesse de titiller notre faim.

Killy, le 09 novembre 2005