Dynasty Warriors

Test Playstation Portable

Vous n'êtes sans doute pas sans le savoir, Dynasty Warriors est la série majeure de Koei, portant le beat'em all à un niveau de fureur épique rare, et permettant de pénétrer de plein pied dans un affrontement mettant en scène des centaines d'opposants enragés. Mais, ce que certains savent moins, c'est que cette saga emblématique est aussi une porte ouverte sur la complexité et la profondeur stratégique de la culture médiévale chinoise. Plus précisément, Dynasty Warriors vous offre l'occasion de toucher du doigt l'histoire passionnante des Trois Royaumes, mêlée d'un tantinet de magie pour accéder au statut de légende. Se déroulant entre les années 220 et 265, date de la fondation de la dynastie Jin, cette période troublée est en quelque sorte le point d'orgue de l'histoire chinoise et l'étape la plus célèbre de cette dernière dans l'inconscient collectif. Mais peut-on en dire autant de l'expérience Sangoku Musô ?

La première question que l'on se pose lors de l'entrée dans le monde guerrier de ce nouvel opus estampillé Koei sur PSP, est justement de savoir si cette machine au bel écran pourra supporter les myriades de soldats, les dizaines d'effets spéciaux déclenchés en même temps, et tout simplement la gestion de la 3D. La réponse surgit rapidement devant nos petits yeux avides de découvrir l'ensemble de personnages charismatiques et emblématiques oeuvrant dans les décors typiques d'une Chine qu'on ne se lasse pas d'admirer. Effectivement, et malgré sa puissance indubitable, notre bonne amie la PSP semble connaître quelques légers problèmes en ce qui concerne la manipulation habile d'un amas de polygones, certes lissés et de grande qualité, mais diantrement pesants. De fait, le soft se voit contraint de subir des ralentissements assez nombreux et surtout relativement pénalisants. En effet nous ne trouvons pas là devant de simples légère pertes de vitesse, mais bien confronté à un découpement image par image, nuisant réellement au gameplay, déjà passablement lent à la base. Un écueil dommageable, c'est évident, mais il faut tout de même prendre en compte le fait que la qualité graphique générale s'avère d'un bon niveau dans un domaine où la 3D vient tout juste de faire son entrée. Je n'excuse pas une lacune qui indisposera pas mal de monde, mais il faut avouer simplement que la PSP à des limites consécutives à son format. Comme énoncé précédemment donc, l'aspect plastique se révèle convaincant. Alternant des décors on ne peut plus vide, mais affichant des textures correctes et une gestion des polygones probante, Dynasty Warriors place davantage de foi en ses personnages, bien plus détaillés et disposant surtout d'une animation décomposée avec soin, se déclinant en de véritables ballets, communs à la série souche. Il est fort agréable de regarder évoluer chacun des intervenants dans son style de combat favori, le différenciant de ses compagnons de route, et offrant à chaque fois une nouvelle source d'étonnement. En revanche, il est regrettable de ne pas avoir implémenté une caméra disposant d'un éloignement un peu plus forcé, dans le but de profiter pleinement des frasques pugilistiques de vos généraux favoris.

Cette dernière souffre d'ailleurs une nouvelle fois de la cruelle maladie de ses aînées, à savoir une fâcheuse tendance à la paresse. Pivotant aussi rapidement qu'un koala malade et se plaçant sempiternellement sur un point fixe, restant derrière vous jusqu'à ce que vous lui fassiez face ne sachant de fait plus où aller, aveuglé par un angle complètement idiot. Vous avancerez donc la plupart du temps à tâtons, ne sachant pas vraiment qui ou quoi vous envoie des flèches, des coups de lance, ou bien des bombes. Bien évidemment, ces problèmes seront effacés si vous allez dans le sens que désire la caméra, ce qui n'a rien de pratique. Fort heureusement il vous est possible de recentrer cette folle furieuse par une pression sur le bouton L qui est aussi la garde. Une manière de s'en sortir sans trop de heurts, tout en sachant quand même que cela vous oblige à vous arrêter, ce qui n'est pas vraiment intéressant lorsque l'on est pris en chasse par un Cao Cao en colère. C'est alors dans des moments comme celui-ci qu'il faudra maîtriser sur le bout des doigts vos techniques de combat, là aussi identiques à ce que l'on trouve généralement dans la saga, mis à part dans le dernier opus, innovant un tantinet de ce côté-là. Retour en arrière donc pour cette version PSP, revenant à des enchaînements relativement basiques à cinq ou six coups, mais suffisamment spectaculaires pour tenir en haleine durant les affrontements. Toutefois il faut encore regretter le manque d'évolution de la palette d'actions au gré de votre progression dans le jeu, aboutissant forcément à une lassitude rapidement mise au goût du jour. Réminiscences du passé encore très présentes, les "Attaques Musou" vous permettront de nettoyer un cercle entier de soldats en une fraction de secondes si vous parvenez à attendre que votre barre affiliée se remplisse au gré du temps passé et surtout de vos actes de bravoure, ou plus prosaïquement vos meurtres. Bien plus encore, les "Attaques Chargées", variant dans leur puissance au gré de votre niveau et de la longueur d'un enchaînement répondent présentes en tant que moyen de survie fort probant. Associé à tout cela, vous pourrez évidemment monter chevaux et éléphants, et tirer à l'arc quand bon vous semble. On se retrouve donc devant un schéma de jeu vu et revu, mais qui parvient encore à demeurer efficace, surtout immergé dans une bataille épique. Où sont donc les innovations alors? Me direz-vous. Et bien tout simplement là où on ne les attend pas.

En effet, il va vous falloir oublier vos longues cavalcades enflammées dans la rosée du matin, car dorénavant, Dynasty Warriors s'apparente plus à un jeu de l'oie qu'à une course sauvage et bucolique. Pour rassurer les fans regardant la précédente phrase d'un oeil torve, voici l'explication de cette nouveauté assez intéressante lorsqu'on s'y arrête un tantinet, bien que dispensable. En fait, lors de chaque mission, la zone de combat est délimité en différentes cases, ou différentes forteresses, conduisant au gré d'un chemin aux multiples voies vers le château final, abritant les chefs d'armées les plus difficiles à défaire. De fait, vous devrez obligatoirement passer par un nombre plus ou moins grand de zones avant de parvenir au "boss", et ceci dans une assez notable liberté. Libre à vous effectivement de laisser de côté des places fortes, tout en sachant que des troupes ennemies peuvent également se mouvoir et servir de renforts si vous avez préféré les ignorez auparavant. De même, certaines "cases" vous apporteront des ressources supplémentaires, venant grossir vos réserves indispensables pour maintenir le niveau de vie de vos troupes et généraux à son maximum, tout en vous permettant de mener à bien votre invasion ; tandis que d'autres vous fourniront un surplus de moral, permettant à votre armée de ne pas désespérer lors de passages difficiles. Mais ces territoires ne sont pas acquis, et il est très possible que vos opposants reprennent ces lieux et bénéficient alors des mêmes avantages que vous. La gestion stratégique de ces zones est de ce fait un point essentiel, ajoutant un petit côté tactique reposant et original. Pourtant, ce système coupe paradoxalement trop l'action et ne permet parfois que de jouer trois minutes avant de clore un "niveau". Reposant tous soit sur l'élimination des chefs de guerre, soit sur la mise en déroute des forces adverses, les différents bastions vous demanderont pratiquement tous d'exécuter des actions identiques, sans buts supplémentaires et sans aucune variation. La lassitude revient donc également dans un endroit où on ne l'attendait pas. D'autre part, ce ne sont pas les autres modes de jeu qui vous permettront de diversifier les plaisirs, au sens où vous ne disposez que d'un Free Mode, vous autorisant à reprendre chaque mission des sept batailles historiques présentes. Seul le grand nombre de personnages disponibles aura le pouvoir de vous donner une impression de variété, avec 42 intervenants célèbres, réunis bien évidemment dans les trois royaumes principaux de Wu, Wei et Shu, tout comme la possibilité d'engager quatre généraux à chaque début de mission, capables eux aussi d'évoluer, et vous conférant des améliorations physiques (vitesse accrue, force plus imposante, etc.). Au final, et malgré quelques innovations dignes d'intérêt, Dynasty Warriors déçoit. Relativement lent au niveau du gameplay, subissant les affres de ralentissements omniprésents, et privé de toute évolution sur le long terme, le soft de Koei semble replonger dans ses travers pourtant corrigés par DW 5. Reste pourtant le caractère épique des versions de salon, ainsi qu'une approche différente pas foncièrement mauvaise, doublée d'une bande-sonore efficace. Espérons simplement qu'il ne faudra pas six épisodes à Koei pour redonner un vrai plaisir au joueur. Si c'est comme ça, mettez tous un turban jaune et rebellez-vous.

Killy, le 23 août 2005