Cross Racing Championship 2005

Test PC

Le jeu de rallye est une vie à lui tout seul. Des passages glorieux où chaque petite aventure sourit et octroie ses voluptueux plaisirs, mais également des descentes aux abîmes de la dépression, dans lesquelles la lumière ne vient que rarement réveiller les âmes mortes. Entre les deux existe un monde instable, laissant libre à cours à la venue de sentiments déséquilibrés, ne sachant pas vraiment où chercher leur place. Pas de joie, pas de tristesse, mais une sorte d'apathie, une sorte de laisser-aller sans rien en attendre spécifiquement au bout. C'est de cet univers gris que surgit Cross Racing Championship, qui tente dans les limites du possible d'accéder à la lumière. Le temps est nuageux.

Surgissant juste une semaine après le calamiteux Euro Rally Champion, CRC 2005 bénéficie de la comparaison et du souvenir encore vivace des petits rires sournois esquissés durant les ralentis au sein desquels la caméra ne voulait pas suivre les voitures. La honte peut-être. Heureusement, et ce dès les premiers pas dans le menu principal, le titre d'Invictus rassure quelque peu. En effet, les modes de jeu s'affichent avec fierté et promettent de nombreuses heures d'implication. Tout d'abord, et de manière logique désormais, vous aurez accès à un mode Carrière, permettant de vous construire une réputation dans le domaine de la course automobile par le biais d'épreuves à la difficulté croissante. Débutant par les séries estampillées Racing Championship 200, puis 1000, sans oublier les Edge Racing 1500 et ainsi de suite en passant par des Cross Rally Fi4, vous devrez à chaque occurrence remporter une course. Plus clairement, chacune des séries se compose d'une seule et unique épreuve, débloquant, une fois terminée, la suivante. Un parti-pris étrange, qui provoque une impression relativement chaotique du déroulement général de la progression générale. En effet, on a vraiment le sentiment d'avancer pas à pas, de façon hachée, sans vraiment parvenir à s'impliquer dans une ambiance de compétition globale. Les autres concurrents ne sont pas assez présents sur la longueur pour que l'on s'y attache, et on se désintéresse de tout esprit de compétition. D'autant qu'à la fin de chaque série, juste après l'habituel podium, vous serez redirigé vers le menu principal. Pas de classement global, pas de petites saynètes de transition, et surtout pas de continuité. Une avancée on ne peut plus épisodique, et surtout handicapante. Vient ensuite la Course Rapide, qui vous propose trois déclinaisons différentes, et pour certaines assez intéressantes. En ouverture de marche, vous pourrez dénicher la Course de Cross, qui, à la manière des épreuves de Série, vous oblige à terminer dans les trois premières places pour accéder à la prochaine étape. Laissant libre cours à vos capacités de pilotes, ce principe peut néanmoins s'adapter à votre niveau par le biais d'un choix subtil s'étendant de l'amateur au professionnel. Outre le fait de modifier l'I.A de vos antagonistes, le réglage du mode de difficulté entraîne de plus une variation d'approche de la conduite. En effet, très orienté Arcade dans les plus bas niveaux de complexité, CRC devient bien plus ancré dans la simulation lors du passage dans les hautes sphères d'un sérieux sportif.

Néanmoins, cette distinction tient d'avantage de la surenchère de dégâts infligés que de la finesse de la conduite. Effectivement, mis à part le fait que l'on vous contraindra à jouer en manuel et en vue interne, il vous sera toujours conseillé de prendre les virages à fond pour freiner au dernier moment. Une condition sine qua non pour un jour espérer rattraper vos concurrents, qui, par hasard sûrement, peuvent vous distancer de 500 mètres en moins de quatre secondes. Car la conduite dans CRC 2005 est tout un poème. Alors que l'ambiance arcade omniprésente amenait un côté rassurant sur la jouabilité, quelle ne fut pas cette belle surprise de remarquer un solide problème au niveau de la direction. Faisant partie de cette catégorie de jeu qui ne souhaite pas offrir de juste milieu entre la gauche et la droite, le titre de Project Three impose une maniabilité bien trop raide pour convaincre. Etre forcé de mettre quatre ou cinq coups de volant dans une courbe afin de se rétablir, alors qu'il aurait été possible de la dépasser de façon fluide, sans heurts, se révèle problématique. Tout comme d'ailleurs les sorties de courbe, qui ne sont jamais sûres, de part une tentation inaltérable de votre bolide à tout de suite se braquer à droite ou à gauche, selon les cas, obligeant à contre-braquer désespérément. Une attitude normale, mais qui s'avère ici bien mal gérée, à la vue des défauts de la jouabilité. Vous aurez de ce fait beaucoup plus tendance à vous jeter dans les fourrés qu'à opérer de belles prises de risque. Un problème auquel on se fait un tant soit peu avec le temps, mais qui revient régulièrement briser notre confiance. Après ce long interlude, revenons aux choix du mode Course Rapide. En deuxième lieu, vous retrouverez donc les courses éliminatoires, au sein desquelles la dernière voiture à franchir la ligne d'arrivée se voit tout bonnement éliminée. Un moyen de soutenir la tension vraiment probant. Enfin, la réelle nouveauté se nomme Hit & Swap. Ce concept repose sur des bases éminemment ludiques et surtout rafraîchissantes, mettant en scène un système d'échange de voitures en pleine course. Je m'explique. En fait, dans cette configuration, dès qu'une automobile entre en contact violemment avec une seconde, les deux pilotes échangent leur siège. C'est à dire que si vous vous trouvez en troisième position et que vous foncez dans le premier, vous vous retrouverez à sa place, et dans son bolide. La surprise fait donc place à la panique lorsque l'on s'aperçoit que son modèle de véhicule n'est pas le même que le nôtre. A vous de vous adapter et de profiter de l'avantage acquis, ou d'essayer de combler un fardeau lourd à porter. Un mode qui réserve son lot de bouleversements de situation dans une atmosphère inquiétante favorisant l'adrénaline. A part cela, au sein des modes principaux, demeurent la séculaire épreuve "contre-la-montre", ainsi que la course libre. Toutefois, vous pourrez toujours vous venger sur la possibilité de jeu en multi, offrant des pistes ludiques telles que le Hot Seat, permettant de jouer à cinq sur le même ordinateur en s'échangeant la place au bout d'un nombre de tours particulier, ou encore l'accès aux principes de jeux originaux via internet. Une tentative de sortie habile, qui n'empêche pas de se pencher maintenant sur la qualité graphique.

Relativement fin et détaillé, CRC 2005 se détache assez facilement de nombre de productions récentes, mis à part bien sûr des ténors comme CMR 2005, Richard Burns, ou encore Xpand Rally. Néanmoins, pour un titre catalogué comme outsider, le soft d'Invictus se pare d'un habit plutôt convaincant, bénéficiant d'effets de réflections, d'un travail sur la luminosité de qualité, et d'un niveau de précision assez élevé au niveau des véhicules et plus précisément des habitacles. Un point relativement positif donc, mais entaché par de nombreux bugs au niveau des décors, pourtant étendus et corrects, ainsi que des ralentissements incompréhensibles. Peut-être trop gourmand en ressources, ou les exploitant mal, CRC parvient à subir un lag très présent sous l'aile bienveillante d'un P4 2,4 GHz. Cela vient peut-être de mon PC, mais un tel problème ne peut pas être qu'endémique. De toute façon, les retards d'affichage et la gestion perfectible des effets de fumée en disent long sur les errances du suivi du moteur graphique. Au final, donc, et malgré une réalisation honnête doublée d'un amusement immédiat, Cross Racing Championship 2005 ne parvient pas à surprendre d'une part et à s'imposer comme alternative digne d'intérêt d'autre part. Pour son prix il est aisé de lui préférer un Richard Burns bien plus inspiré, ou encore un Xpand Rally assez abouti.

Killy, le 30 mai 2005