Euro Rally Champion

Test PC

Quelle belle aventure que la découverte de Euro Rally Champion au détour d'un étalage de plusieurs jeux tentant de masquer ce dernier à leur corps défendant. Devant cette disposition étrange, une sorte de prise de conscience des produits vidéoludiques, l'être humain maladroit et avide de nouveauté se laissera facilement prendre au piège. En effet, dans la dynamique de la recherche d'un trésor enfoui, on ne fait pas attention, on se dit naïvement qu'une petite surprise dort peut-être dans les entrailles de cette boîte à la jaquette... en couleurs. Et effectivement, la stupéfaction est de taille, sincèrement et définitivement. Pourtant quelque chose en nous tentait de nous prévenir, une sorte de réflexe atavique. Mais la volonté nous a trompé une nouvelle fois. Quelle blagueuse !

Contrairement à certains titres qui laissent planer le doute quelques instants sur la nature de leur intérêt profond, ERC se dévoile lestement à nous dès l'entrée en matière. Une attitude peu pudique, mais qui possède au moins le mérite d'aiguiller instantanément sur le temps que l'on s'apprête à passer sur le titre en question. Néanmoins, tiraillé par le sentiment dérangeant d'une possible amélioration soudaine, comme si d'un coup Eternal Quest se transmutait en Baten Kaitos, une sorte d'obligation nous pousse à aller plus en avant, juste pour voir, comme l'on déclame au poker. Plein d'espoir, et errant dans les menus à la recherche d'un troisième mode de jeu que l'on ne trouvera jamais, on se résigne donc à commencer un Championnat en bonne et due forme. Alors que l'on se figure bénéficier d'une mise en bouche, d'un habillage particulier, de la présentation d'une écurie, même fictive, on ne récolte qu'un grand vide, froid et déprimant. En fait, après avoir choisi son véhicule entre une version quatre roues motrices, et une traction, sans pouvoir bénéficier d'une quelconque visualisation, vient le temps de l'affichage des divers participants. Chose étonnante à ce sujet, vous pourrez admirer les noms véridiques des plus grands pilotes de la discipline, mais affublés de prénoms différents. J'espère de tout coeur pour Oxygen que cela est permis, sans quoi ce studio pourrait bien connaître des poursuites le forçant à s'exiler dans les hautes terres de Zaiiïski Alataou au sein de ce beau pays qu'est le Kazakhstan. Survient ensuite le moment fatidique où il vous incombera d'effectuer les principaux réglages sur votre vaillant véhicule. Etonnamment, le nombre de spécificités à modifier se révèle assez conséquent, incluant la pression des pneus, la répartition des vitesses, ou encore le choix de la puissance de freinage. Rien de bien neuf sous les spots donc, même s'il est appréciable de découvrir une petite once de "stratégie" de course. Une touche de gaieté qui n'a d'égal que la stupidité de ne pas avoir implémenté d'aperçu du circuit à venir. Du coup, vous effectuerez des réglages à l'aveugle, qui n'ont de fait pas de lieu d'être. Comment réagir ? A part le dépit et l'incompréhension, je ne vois pas. Bien motivé pour la suite des évènements, vous allez désormais pénétrer dans l'enfer de la course.

Votre pad en main (de préférence), le doigt rivé sur la touche d'accélération, vous attendez le départ fébrilement. Les ampoules rouges s'éteignent, et le feu vert illumine l'habitacle de votre voiture. Après un léger crissement, et le rythme régulier des gravillons rebondissant sur la carrosserie encore vierge de poussière, une première constatation s'impose, on se croirait revenu deux, voire trois ans en arrière graphiquement. Après avoir vérifié avec soins l'affichage, le niveau de détail et avoir nettoyé ses lunettes, on se rend compte malheureusement que l'erreur ne vient pas de notre personne, mais bien du jeu en lui-même. La paranoïa et le doute cèdent donc leur place à l'affliction. Si vous avez déjà rêvé d'étendues figées, où un sentiment de mort se dévoile derrière chaque rocher dénué de verdure, derrière chaque arbre n'abritant que du vent, comme si une guerre thermo-nucléaire avait ravagé le monde, et bien ERC sera l'incarnation de ces songes. Cet univers est tellement angoissant, tellement vide, sans aucune animation externe, sans aucune personne humaine présente, que je préfère presque déambuler sans arme dans les rues de Silent Hill 2, en ayant perdu ma carte-mémoire. De plus, la modélisation générale, que ce soit des véhicules ou des environnements semble découler des programmes permettant de s'essayer à la création de jeux en 3D pour moins de 30 euros. Et que dire de la linéarité catastrophique du level-design, semblant réutiliser les mêmes virages au même endroit, sous le même sapin à longueur de temps. Surtout que face à des courses d'au minimum 5 minutes, un peu de renouvellement n'aurait pas été du luxe. Pour la première fois dans un jeu de rallye, l'attention baisse jusqu'à la somnolence au milieu de chaque spéciale. En revanche, faites bien attention de ne pas vous réveiller face à l'écran de jeu, sous peine d'un choc traumatique irréversible. Si vous trouvez encore un peu de courage, vous pourrez peut-être vous diriger vers des épreuves en contre-la-montre, où même cette dernière semble s'ennuyer. On surprend parfois le chronomètre à l'arrêt, préférant sûrement lire Bécasse Magazine, plutôt que de rester complètement anémique en regardant passer des voitures cubiques aux bruits de moteurs dignes d'un claque-doigt géant.

Et comme si ce n'était pas tout, les différents bolides disposent d'une physique à toute épreuve, renvoyant à un V-Rally premier du nom qui se déroulerait sur le sol lunaire. Le moindre dérapage se trouve accentué des dizaines de fois, aboutissant à une conduite totalement hachée et surtout inintéressante. Passer son temps à glisser sans raison et à ne pas pouvoir braquer dans les virages trop secs est amusant lorsque l'on se dit que cela va s'arranger, mais l'est beaucoup moins lorsque l'on se rend compte qu'il n'y a pas d'alternative possible. De même, effectuer des vols planés dès que l'on mord un tantinet dans un fossé, avant de finir sa course sur le toit sans la moindre perte de vitesse, tient un peu du miracle à la Tintin. Oui, l'homme qui tombe d'un avion sur la seule botte de foin d'un champ immense. Ah il aurait moins rigolé s'il s'était agi d'un champ de mines ! Mais le point le plus probant du soft demeure tout de même l'ensemble des réactions du copilote. En effet, durant les courses, tout d'un coup, un type vous hurle dessous des insanités à base de "virage serré, épingle" et autres mots barbares. Après vous être arrêté pour chercher le responsable, vous vous rendez subitement compte qu'il est assis à côté de vous, la bave encore aux lèvres. Semblant pris par les effets du célèbre "pot belge", il est régulièrement la victime de spasmes du langage, amusants, mais mal placés. Sûrement doublé d'un grand comique, votre ami à la voix trop assurée s'évertue à annoncer des courbes 100 mètres à l'avance, alors qu'une première série de virages s'affiche devant vous juste avant. Et comme l'humour semble être la raison de sa naissance, il lui arrive de ne rien dire pendant une portion entière, juste pour rire. C'est pénible tous ces gens qui se croient drôles. Au final, et vous l'aurez compris, ERC n'est pas le successeur, ni de Colin McRae, ni de Richard Burns. Au mieux on pourrait le rapprocher du célèbre papy à casquette du dimanche après-midi, qui confond la jauge d'essence avec le compteur de vitesse. Dépassé techniquement, sans aucun habillage, et inintéressant, ce titre estampillé Oxygen ne justifie pas même son petit prix qui pourra malheureusement en tromper certains. Une dernière fourberie pour la route.

Killy, le 25 mai 2005