Ys : The Ark of Napishtim

Test Playstation 2

Le vent chargé d'embruns pénétrait dans les longs cheveux blonds de Terra. Un léger bruissement dû à son bandana berçait notre conversation d'une certaine nonchalance agréable. Je l'avais rencontré trois fois auparavant alors qu'elle n'était qu'une jeune fille, et elle s'était jurée de me retrouver lorsqu'elle en aurait les capacités. Le nom d'Adol le Rouge qu'elle avait prononcé aurait sans doute dû sonner à mon oreille comme l'exposition d'une carte d'identité, mais cela faisait si longtemps. J'aimerais simplement qu'on me nomme comme un ami plutôt qu'à la manière d'une légende sans vraiment de visage. Néanmoins j'étais heureux de la revoir au sein des soupirs étouffés de la grande voile et des crissements nerveux d'une coque accusant les ans. Si seulement j'avais été plus rapide. Si seulement je ne m'étais douté qu'une seule seconde que ça allait être à moi désormais de découvrir la trace de ceux qui m'ont accompagné. Peut-être que... Le destin est simplement un songe, à moi de m'adapter à la réalité.

Voilà en gros comment commence l'aventure maritime d'Adol Christin, qui semble avoir le chic pour s'échouer sur les plages au début de ses péripéties. En effet, ceux ayant connu le premier épisode intitulé Ys : Vanished Omens, doivent se souvenir de l'introduction sobre du chevalier aux cheveux rouges au coeur de l'univers de Ys, cruellement rejeté par les flots. Recueilli dans ce sixième opus par un peuple étrange arborant de longues oreilles pointues et une queue, notre guerrier évanoui va rapidement se rendre compte que l'attitude de ses sauveurs se révèle relativement hostile à son égard. Le sommant de quitter le village dans les plus brefs délais, ces derniers ne manqueront pas d'exprimer une peur inconsidérée et haineuse envers cet individu dénué des marques de leur tribu. En effet, appartenant à la race des Erésiens, Adol porte sans le savoir le fardeau d'autres personnes, comme lui échouées, qui ont dénaturé les lieux de cultes des Rhedas sans se soucier des conséquences, simplement en vue d'une expansion de leur ville principale. Ce conflit latent et visiblement hors de tout horizon de paix, demeure le moteur de la vie sur les deux îles que forment Quatera et Canaan, reliées par un ridicule pont de bois, désormais écroulé. Une véritable scission s'est donc opérée entre deux peuples qui vivaient autrefois en paix. Fort heureusement, notre héros recevra les faveurs de la grande prêtresse Olha, à la gentillesse exacerbée, ainsi que celle plus timorée de sa soeur, Isha. Toutes deux, et après une preuve de l'héroïsme d'Adol, pousseront quelques représentants de leur communauté, dont le charismatique chef du village, Ord, à voir plus loin que les rancoeurs et les apparences. Vous incarnerez donc en un sens la chance de réunification que l'ensemble des habitants de l'île attendait, mais également la pièce maîtresse d'une quête à l'importance bien plus vitale. La trame de cette sixième occurrence de la série Ys, ne s'avère donc pas vraiment travaillée, ni réellement riche mais permet de mettre en place un schéma narratif assez prenant qui fonctionne surtout via l'aspect aventure qui s'en dégage. De plus, il est tout de même agréable de retrouver des personnages des anciens épisodes, à l'image, comme vous avez pu le constater, de Terra, de Dogi, présent depuis le troisième opus, ou encore de Raba vous contant son sauvetage de "The Tower Of Darm" six années auparavant. On reste de ce fait dans la continuité d'une véritable épopée qui perdure depuis près de 18 ans au Japon, à travers bien entendu le RPG, mais aussi et surtout l'animation et le manga. Il est sincèrement intéressant de ressentir cette sorte d'échelle humaine de l'histoire générale, qui se développe en même temps que le joueur et lui apporte sans cesse un renouvellement des vies et des psychologies de chaque intervenant. Données importantes dans un jeu de rôle.

Prenant donc la forme d'un A-RPG, genre représenté par des titres comme Secret Of Mana, Alundra, Zelda, ou encore le trop boudé Landstalker, Ys sixième du nom mise donc l'ensemble de son gameplay sur la pénétration rapide au sein du combat, en ne proposant aucun temps d'arrêt. En résumé, et pour les personnes qui ne connaissent pas vraiment la définition du A-RPG, il s'agit donc d'un RPG classique dans le fond (gain d'XP, objets à équiper, etc...), mais dans lequel les ennemis s'affichent à l'écran et doivent être attaqués directement, à la manière d'un soft d'action justement. Après cette petite précision, je vous laisse découvrir le gameplay général du titre de Konami. Aisément accessible, ce dernier repose sur un système de combinaisons de coups on ne peut plus intuitif. En fait, il vous suffira d'enchaîner quelques pressions sur la touche "carré" pour déclencher trois attaques successives et fort rapides. Néanmoins, quelques petites "subtilités" viennent s'ajouter, comme l'attaque piquée une fois en l'air, ou encore un petit pas en avant suivi d'une estocade. Un ensemble bien pauvre donc, mais qui suffit amplement à prendre du plaisir lors de joutes contre des groupes de créatures féroces allant de cinq à dix individus. On pourrait alors se dire que la maniabilité du petit et fièr Adol ne souffre d'aucune lacune, à l'image de l'Illusion Of Time de notre enfance. Pourtant, deux écueils répondent à l'appel. Premièrement, l'une des manipulations, appelée le "saut en course", ou "dash jump" se révèle atrocement difficile à réaliser, nécessitant d'effectuer un saut à la toute fin d'un petit assaut porté en avant. Deuxièmement, le légendaire chevalier à la chevelure de feu semble avoir de sérieux problèmes de crampons sous ses bottines, effectuant une glissade à chaque attaque portée. Cela n'a rien de gênant contre un ou deux monstres, mais dès que vous aurez affaire à une dizaine d'entre eux et que vous vous retrouverez exposé à cause de cette lacune, vous comprendrez votre frustration. Toutefois, même auréolée de ces deux sacs pesants, la jouabilité reste raisonnablement convaincante pour empêcher le dépit de s'installer. A ce propos, au bout de quelques heures de jeu, il vous sera possible d'obtenir trois épées différentes, se rapportant chacune à un élément différent, à savoir le vent, le feu, ou bien la foudre, variant un tant soit peu l'approche du combat. En effet, la possession de ces artefacts vous donnera la possibilité de déclencher des magies offensives, une fois la jauge correspondante remplie, au gré des créatures défaites. Artefacts que vous pourrez d'ailleurs upgrader auprès des spécialistes d'Emel, un composé mythique local. On demeure donc au sein d'un A-RPG très classique dans le fond et la forme disposant malgré tout d'un dynamisme sans commune mesure avec la majorité de ses concurrents. Les affrontements virevoltants seront votre lot quotidien dans un univers enchanteur et coloré.

Choisissant une représentation en 3D isométrique, Ys 6 s'adapte et offre une approche 2D du monde environnant, retirant tout jeu sur la profondeur. De ce fait, la progression se fera dans des environnements selon deux axes distincts, le haut et le bas, la gauche ou la droite. Une réactivité immédiate se crée alors permettant de ne jamais donner de coups imprécis, et apportant une sorte de joie face à des combats instantanés et sans compromis. L'essence même de l'A-RPG des époques 16, voire 32 bits. Bénéficiant d'un sprite relativement petit et peu détaillé, ce qui est vraiment dommage, Adol et les divers intervenants du continent se voient dans le même temps parés d'une animation assez rigide et limitée, même si on ne souffre pas spécifiquement de ce manquement au sein même du soft. A ce propos, il est digne d'intérêt d'enfin apercevoir sur le corps de votre avatar les éléments que vous lui fournissez. Chose assez rare dans les RPG japonais, il faut le signaler. Les décors quant à eux, s'avèrent correctement réalisés, sans toutefois faire oublier la magnificence d'un Legend Of Mana ou d'un Saga Frontier 2 par exemple. Bénéficiant d'un rendu des dégradés convaincant, doublé d'une gestion de la lumière agréable, le titre de Falcom parvient sans peine à retranscrire la féerie des lieux traversés, mêlant adroitement ruines séculaires, autel lumineux, et forêts luxuriantes, même si de la 2D en bonne et due forme aurait été un choix plus probant. Dans le même ordre d'idées, et même si la diversité des environnements est louable, il se dégage du soft un certain aspect terne, qui se dissipe dans certains cas, mais qui demeure tenace dans les phases extérieures. Un petit bémol donc, qui n'enlève pas à la réalisation générale son honnêteté. Pour terminer, le chara-design se révèle nettement inspiré, présentant des personnages forts visuellement, contenant un caractère, véhiculant une émotion réelle. De plus, lorsque l'on se heurte avec délice face au charisme de Geis ou de Ernst on ne peut être que conquis. Notez enfin que chaque intervenant, même un villageois perdu sur une montagne possède un artwork personnel, ce qui impose un travail titanesque.

Au final, Ys 6, premier représentant officiel du genre dans notre pays, représente une petite révolution. Qui aurait pensé il y a encore six mois qu'un tel soft verrait le jour en Europe ? Il est clairement visible désormais que les éditeurs japonais commencent à comprendre le goût du "vieux continent" pour les RPG autres que le médiatique Final Fantasy. Maintenant, en tant que soft en lui-même, Ys TAON accuse un terrible classicisme qui l'empêche de manière dommageable d'atteindre les hautes sphères du RPG, voire du A-RPG. Fun, dynamique et onirique, il demeure néanmoins bien trop convenu, dans sa progression d'une part, et dans l'évolution de son gameplay d'autre part. Un jeu intéressant tout de même, qui mérite une attention pour sa présence dans nos contrées, mais qui risque de lasser rapidement les amateurs d'A-RPG plus ambitieux. J'y retourne quand-même. Il ne faut pas oublier que j'ai une île à sauver.

Killy, le 20 avril 2005