Midnight Club 3 : Dub Edition

Test Xbox

Le monde du jeu de course automobile connaît ces temps-ci une carence d'inspiration flagrante. Entre les NFSU 1 et 2, SRS, ou encore RPM Tuning, l'univers vidéoludique aux odeurs d'huile surfe sur une vague bien morne et surtout se répétant sans cesse sans vraiment innover. Une sorte de stagnation dommageable qui ternie sans cesse un univers pourtant accrocheur, celui de la nuit et des mystères urbains. Atmosphère tout autant composée d'ombres et de lumière, d'étroites rues mal éclairées et de la luminescence crue des néons. Un cadre idéal pour jouer les destinées de pilotes désireux de faire des ténèbres leur royaume. Attirés comme des papillons par les couleurs chatoyantes des enseignes agressives, ceux-ci s'empressent de rejoindre leur carcan de métal. Mais est-ce bien la peine ?

Sûrement conscient de cette concurrence tirant un peu sur l'acharnement, Rockstar s'est visiblement mis à l'esprit de démontrer sa vraie différence, en proposant un habillage ingénieux et vraiment dynamique. Dès l'ouverture, vous pourrez donc apercevoir un menu principal on ne peut plus seyant servi par une animation se déclenchant entre chaque sous-partie. Exposant une sorte de voyage onirique et accéléré dans les rues d'une cité impersonnelle, cet effet comble énormément les lacunes communes aux menus en général, à savoir l'austérité. Un soucis du détail imposant donc, qui augure pour le mieux dans la continuité des choses. Et effectivement, les premiers pas dans le monde de Midnight Club 3 réservent d'agréables découvertes. Tout d'abord, les plus perspicaces d'entre vous observeront immédiatement la présence de deux modes de jeux principaux, nommés Arcade et logiquement Carrière. Le premier, comme son titre l'indique, vous donne accès à un schéma ludique bien différent de celui de son antagoniste. Misant sur des défis thématisés, reprenant parfois certaines possibilités du mode Carrière, ce dernier vous permet de vous propulser directement au coeur de l'action sans les obligations parfois rébarbatives de la création d'une partie "scénarisée". A travers de principes tels que la Capture de Drapeau, la Course Cross, s'apparentant à un circuit balisé de façon à mettre en avant la sécurité, ou encore la Frénésie, consistant à terminer une course en ayant esquivé le maximum de véhicules sans l'apport du freinage, vous aurez le pouvoir de vous inclure directement dans le message du soft, à savoir la vitesse et le plaisir de jeu comme constantes. Une volonté profonde de placer le jeu avant ses atours, qui résonne agréablement aux oreilles du jouer féru de bataille automobile "underground". Au nombre de 10, les types d'épreuves présentes en arcade bénéficient également de l'apport de bonus (pouvant être retirés), autorisant des fourberies aussi fines et perfides que celles de Mario Kart dans une mesure éminemment moindre, évidemment. Entre la glace, le "vas-y", coupant les freins de la cible et augmentant son accélération, ou bien le "quadruple dégâts", rendant vos ennemis impuissants au bout de quelques accrochages, un choix assez complet et pervers s'offre à vous en toute complicité. Néanmoins le point le plus digne d'intérêt demeure la possibilité de participer à toutes ces petites sauteries entre ami, jusqu'à huit en lan ou via le Xbox Live, et deux en écran splitté. Autant dire que ce mode s'avère vraiment celui de l'adrénaline instantanée et communicative.

Le mode Carrière, en revanche, s'avère bien plus axé sur l'évolution à long terme, faisant intervenir la notion d'argent, qui implique l'obligation de s'atteler à une tâche particulière. En effet, vous n'empocherez pas votre pécule, indispensable à l'achat de spoilers, jantes, et autres décorations automobiles, en regardant distraitement tomber la pluie sur la chaussée. Circulant en ville librement, au volant de la voiture que vous aurez acquis dès le départ avec une mise assez conséquente, vous allez devoir dénicher les personnes susceptibles d'accepter un duel contre vous, ou bien découvrir des endroits où se déroulent des compétitions spécifiques. Effectivement, chaque "mission" remportée vous donne accès à une certaine somme d'argent, voire une augmentation de votre statut au sein de la communauté des pilotes suivant les cas. A vous de bien observer les petites icônes placées sur l'écran de chargement, bien trop long par ailleurs, avant chacune des courses dans le but de bien appréhender ce qui vous attend et ce que vous pouvez empocher. A ce propos, de multiples clips d'aide, associés aux symboles que je viens d'évoquer, parsèment votre vie de compétiteur d'une manière jamais trop envahissante et contiennent une somme d'informations conséquente et intéressante. Ce serait sincèrement une erreur de les ignorer. La progression se révèle de ce fait linéaire, dans un équilibre habile et sans jamais de problèmes qui ne trouvent de réponse. Dans un même ordre d'idées, la richesse des variantes de "customisation" et la présence de nombreux sponsors officiels renforcent agréablement, d'une part l'immersion, et d'autre part l'intérêt global sur le long terme. Mais des nuages s'amoncellent.

En effet, la qualité graphique de l'ensemble ne correspond pas vraiment à ce que l'on peut attendre d'une Xbox, peu habituée à subir les défauts dont je vais m'empresser de vous parler. Tout d'abord, ce qui demeure le plus étonnant de la part de la grosse boîte qui souffle, est la présence d'un aliasing tenace découpant chaque virage en une myriade de petits dégradés, et transformant les lignes d'horizons en des escaliers de pixels. Une lacune que l'on a plus l'habitude d'observer sur PS2, mais qui ici fait figure de principal reproche. Dans le même temps, on peut observer la présence de nombreux bugs, en particulier en ce qui concerne la pénétration au sein des murs ou encore dans le cas des reflets sur la carrosserie. Rien de bien alarmant, mais encore une fois, et surtout de la part de Rockstar, on peut le regretter. Dans la foulée Midnight Club 3 expose des bolides, certes disposant de leurs belles licences et d'une modélisation relativement correcte, mais encore et toujours soumis à un aliasing, présent sur tous les fronts. On se trouve alors devant un déséquilibre flagrant entre la fidélité réaliste de la gestion des frottements et dégâts sur une carrosserie rutilante, et les écueils liés à des textures pas toujours très probantes. En revanche, on ne peut que louer la fluidité de l'animation, aboutissant à une impression de vitesse vertigineuse, sans subir aucun ralentissement. Que dire, si ce n'est que vous serez littéralement ébahi lors de l'utilisation de la nitro, tant la fureur à laquelle vous vous déplacerez est intense et immédiate. Fort heureusement, cet état de fait va de paire avec une jouabilité de premier choix, permettant de diriger sa création pétaradante avec un plaisir nerveux, dans un esprit arcade bien évidemment. Ne vous attendez pas à être vraiment précis ou à devoir gérer les transferts de masse. MC 3 est une production visant l'accessibilité et l'amusement et fonctionne comme tel. Néanmoins, il apparaît assez rapidement que le désir d'essayer de conduire à peu près correctement se perd dans la méthode dite "bourrin" qui porte assez souvent ses fruits.

Au final donc, MC 3 peine à faire oublier ses plagiats et emprunts dans une absence d'innovations relativement déstabilisante. Ce qui ne signifie pas que ces dernières soient absentes, loin de là. En effet MC 3 comporte des petites subtilités très intéressantes dans des domaines différents. Par exemple, lors des phases de conduite en ville, dans l'optique de chercher un défi, NFSU ou SRS demeuraient véritablement soporifiques. Le titre de Rockstar contourne habilement cet écueil, par la science de l'éditeur dans le domaine GTA. Du coup, diverses zones secrètes demeurent ancrées dans le jeu, tout comme des lieux propices à la mise en oeuvre de cascades stupéfiantes. On prend en réel plaisir à se balader dans MC 3, et cette manière de jouer peut autant séduire que ses consoeurs. De plus, l'ajout d'un mode deux roues permettant de passer au sein de passages étroits ou encore du concept d'accélération soudaine en se servant de l'aspiration, parvient à égayer grandement les parties. Pourtant reste un arrière-goût tenace de déjà-vu qui empêche le titre de briguer les hautes sphères, même s'il reste, de loin, plus honnête qu'un NFSU. Un bon jeu, qui mérite une certaine attention.

Killy, le 15 avril 2005