Scrapland

Test Xbox

Dans un futur relativement lointain, l'être humain n'est plus qu'une race en voie d'extinction, méprisée par une société de robots dirigeant le monde d'une main de fer, c'est le cas de le dire. Ayant fondé un système de vie similaire au nôtre, ces androïdes émancipés organisent leur vie autour de deux grandes instances, le Temple, assimilé à une caste religieuse, et la Banque, organisme pratiquement omniscient, recevant un pouvoir plus que conséquent. Caricature assumée de notre fonctionnement actuel, cette image d'une existence froide et maîtrisée parvient à faire naître une réflexion sur l'évolution que pourraient subir les principaux axes du pouvoir, s'ils étaient confiés à des machines dénuées de "morale". Véritables expressions démesurées des caractères humains, les psychologies de ces automates fabriqués à la chaîne troublent et amusent à tour de rôle. Un peu comme le jeu d'ailleurs.

En premier lieu, et ce qui étonne et fascine littéralement lorsque l'on pénètre dans le jeu demeure la représentation de la ville tentaculaire abritant la trame générale du soft. Jamais une cité futuriste et laissant de côté toute trace d'une humanité en perdition, n'avait été exposée d'une telle manière. Offrant un gigantisme stupéfiant et une impression réelle et sensible d'une vie se déroulant sans que l'on intervienne dans son déroulement, le complexe urbain de Scrapland évoque tantôt les cauchemars ténébreux de K.Dick dans lesquels on aurait allumé la lumière, et tantôt Le Cinquième Elément. En effet et bien que ce dernier ne soit pas vraiment probant, il parvenait à provoquer un vertige graphique impressionnant, doublé d'une vision esthétisée d'un futur pessimiste. Vous vous trouverez donc devant l'immensité désincarnée d'une cité de verre aux teintes vives et à l'architecture plus qu'alambiquée. Un labyrinthe d'éclats et de néons qui pousse immédiatement à l'immersion la plus agréable et la plus englobante de ces dernières semaines d'actualité vidéoludique. Un vrai voyage, un dépaysement au sens premier du terme, qui oeuvre aux côtés d'une audace artistique assumée et éclatante. Ne cherchant pas à inclure des personnages charismatiques sans réel attrait ni caractère spécifique, Scrapland part du parti pris de mettre en place des intervenants possédant un physique très particulier, en accord avec leur mentalité profonde. Ces derniers possèdent une vraie "gueule", et sortent des poncifs généraux pour se placer en tant que personnes vivantes et existantes. Malgré le fait que beaucoup des habitants du monde de Scrapland se ressemblent trait pour trait, car occupant une même fonction (réfléxion digne d'intérêt d'ailleurs), il apparaît tout de même qu'une vraie spécificité se dégage. Plus prosaïquement, l'aspect d'ensemble s'avère correct, offrant une modélisation des personnages fine et appliquée, doublée d'un niveau de détail assez imposant. Les textures présentes au niveau des bâtiments extérieurs ou des environnements intérieurs disposent d'un niveau global très probant, rendant à merveille l'impression de l'acier ou du verre par exemple.

L'animation quant à elle, souple et fluide, donne un aspect film d'animation encore plus extériorisé à l'ensemble. On se croirait vraiment dans une production Dreamworks, voire une oeuvre du studio Pixar. Dans le même ordre d'idées, la mise en scène, clairement cinématographique, et le scénario s'orientant vers une enquête à la Blade Runner, agissent dans une volonté d'apposer un cachet éminemment filmique. Une approche enivrante par conséquent, travaillée et amenée de façon logique et intelligente. En revanche, la grosse lacune s'immisçant insidieusement dans ce tableau de maître demeure la caméra. Pouvant être recadrée à volonté de façon simple et intuitive, cette dernière ne manque pourtant pas de donner parfois un mal-de-mer subit. En effet pivotant toujours avec un petit décalage, voire tangage, dérangeant, celle-ci donne sans cesse l'impression de ne pas savoir où se placer et de continuellement chercher le meilleur angle. Le problème c'est qu'elle ne le trouve jamais. Pas vraiment handicapante, cette attitude trouble tout de même tout au long du soft, et se sublime dans les phases de conduite, au sein desquelles le moindre demi-tour donne des sueurs froides. Effectivement, ces dernières sont le véritable point noir du jeu. Dynamiques et grisantes, leur principal défaut vient de la prise en main des divers véhicules présents, subissant une sorte d'instabilité chronique. Peu souples, et surtout assez réduits dans le "braquage", ceux-ci s'avèrent relativement poussifs, même avec un bon moteur. Mais plus que la conduite en elle-même qui n'est pas vraiment détestable en soi, ce sont surtout les épreuves impliquant de se hisser sur des bolides volants. Basées sur des courses tellement serrées qu'il vous incombera de connaître par coeur les tracés pour espérer conserver votre honneur et des chasses à l'homme sans fin durant lesquelles la moindre erreur aboutira à repousser l'échéance de la victoire à de longues minutes, ces phases sont terriblement frustrantes. En revanche, le gameplay au sol ne souffre d'aucun écueil particulier, et donne même à voir un principe de jeu détonnant.

Axé sur un concept d'échange de personnages via la possession de corps, Scrapland joue pleinement sur cet aspect en conférant à chaque type robotisé un avantage ou une attaque particulière. Parfois nécessaire à la réussite d'une opération, ces avantages devront être acquis via la base de données générale de la ville, ou via la prise de pouvoir d'un autre androïde, aboutissant à sa mort. En effet, l'échange d'enveloppe corporelle directe s'avère puni par la loi et vous attirera les foudres de la police locale. A vous donc de vous dissimuler, le tant de passer inaperçu. Sachez également que si vous passez par la base de données, au lieu de tenter une agression, vous devrez tout de même ne pas paraître trop louche durant un long moment, en tentant de ne pas subir les contrôles poussés des forces de l'ordre. D'autre part, la modification d'aspect vous donnera aussi la possibilité de pénétrer dans des zones réservées, en tant que directeur de banque, présentatrice du journal télévisé, ou encore chef de la police, et ainsi relever des indices sur le meurtre de l'archevêque. En revanche, il faudra à tout prix éviter de tomber sur votre double légitime, qui ne manquera pas de vous agresser, ou de vous dénoncer à la police. De plus, ce principe donne accès à des façons de jouer différentes et suffisamment diversifiées pour renouveler l'expérience globale. En accord avec cette liberté d'action salutaire, la trame se déroule à la manière d'un GTA en bien plus linéaire. En fait, il serait bien plus tentant de la rapprocher du fonctionnement de celle de Jak 3. Livré à vous-même dans un espace ouvert, et libre de subtiliser tout et n'importe quoi, vous devrez accomplir votre quête en remplissant diverses missions pour nombre de personnages importants plus ou moins louches, dans un autre semblant aléatoire. En effet seules quelques-unes de celles-ci pourront être parcourues indépendamment des autres, sans influer vraiment sur le cours des événements. Mais bien évidemment, à côté de cette ligne directrice un peu trop restrictive, on découvre de nombreux petits challenges permettant d'upgrader ses armes ou d'obtenir des plans et modifications nécessaires à la construction de vos prochaines navettes. Un tour d'horizon enchanteur donc, mais qui masque le problème des allers-retours incessants, minant aussi le soft de Naughty Dog.

Au final donc, et malgré une profondeur de jeu dantesque accompagnée d'un univers cohérent et fantastique, Scrapland se prend les pieds dans le même tapis que celui de Jak 3. Proposant une liberté relative, un déséquilibre flagrant concernant phases à pied et phases en véhicule, et surtout des missions parfois redondantes et surtout énervantes de par leur difficulté étonnante et soudaine, il peine à convaincre totalement. Il est vraiment dommage de ne pas s'en être tenu à l'enquête proprement dite, qui se noie dans la tonne de mini-jeux présents. Personnellement, et je suis pourtant un passionné de science-fiction et de polars, j'ai décroché de la trame principale au bout de deux heures, n'en n'ayant plus rien à faire des circonstances du meurtre. Le titre d'Enlight laisse donc un amer goût de déception à la vue des nombreuses bonnes idées présentes. Je vous conseille de l'essayer avant de l'acquérir pour bien appréhender la jouabilité particulière. Une oeuvre honnête, mais sans réelle base solide. Par contre, surveillons activement une possible suite.

Killy, le 24 mars 2005