Oddworld : La Fureur de l'Etranger

Test Xbox

Des frissons. Voilà ce que provoque ce nouveau volet de la saga Oddworld dès son ouverture. Au rythme de percussions tribales et d'une longue complainte rappelant le cheminement du vent dans des landes asséchées, la scène d'introduction s'inscrit profondément dans votre esprit et restera tout au long de l'aventure le symbole d'une ambiance fascinante. Rarement un titre a été capable de poser une atmosphère, d'asseoir aussi rapidement une inspiration si forte et intense. Un monde se dessine autour de vous et vous happe littéralement dès les premières secondes, vous plongeant au coeur même de l'imagination fertile et irradiante des développeurs de Oddworld Inhabitants. La poussière se lève et masque l'horizon, la chasse peut commencer.

Comme évoqué dans le chapeau, Oddworld : La Fureur de l'Etranger donne vie à la construction d'un background profond et hypnotisant, enlaçant le joueur dans une douceur teintée d'admiration. Présentant un monde apocalyptique, où les seules traces d'une modernité passée gisent dans des plaines sablonneuses, le titre d'EA offre une sorte d'ouverture béante sur une étendue vierge, seulement peuplée de vos pérégrinations fantasmées. En effet, chaque colline, chaque vallée est propice à une projection de votre désir d'aventure dans sa manifestation la plus épique. Un réel désir de voyage s'éprend de vous, sublimé par le gigantisme sauvage des environnements. Bercé par l'onirisme sous-jacent, vous parcourrez des terres baignées par la touche habituelle du studio responsable des différents opus de la série, ou plutôt de l'odyssée Oddworld. On retrouve donc avec plaisir le style "ironique" mélangeant habilement un rendu proche d'un film d'animation destiné à un jeune public jouant de formes rondes, avec un climat ténébreux et torturé. Il en ressort de ce fait une ambiguïté de ton, intervenant pour beaucoup dans l'originalité de l'univers mis en avant habilement. Reprenant en conséquence l'approche particulière d'un Tim Burton dans une allure autre évidemment, l'oeuvre d'Oddworld Inhabitants se crée ainsi un espace de liberté conséquent, pouvant contenir un nombre incalculable de trames et d'inventions variées. Tout ajout semble pouvoir se fondre à merveille dans ce dernier. Toutefois, il est important de noter une évolution imposante dans la thématique abordée. Alors que l'Odyssée et l'Exode d'Abe prenaient place dans un contexte gothico-futuriste la plupart du temps enfoui dans les méandres du sous-sol, LFDE (c'est plus pratique que le nom complet) se laisse tenter par une combinaison sincèrement sensationnelle entre les codes propres au western-spaghetti et une espèce de pessimisme glauque habillé d'humour. On s'éloigne par conséquent nettement des autres épisodes, même si Munch's Oddysée préparait un tantinet à ce passage, pour rentrer dans quelque chose de plus émancipé, aéré, tout en conservant une sensation pesante d'oppression . Autant vous dire que vos expériences passées dans la peau d'Abe et de Munch ne seront pas dénaturées tout en étant renouvelées. Un tour de force notable qui pousse évidemment à se lancer à corps perdu dans une quête soutenue par une qualité graphique envoûtante à défaut d'être équilibrée.

Charmé par l'apparition autant impressionnante qu'époustouflante d'un panorama lointain aux accents ocrés, se détachant dans la lumière chancelante d'un coucher de soleil hésitant, vous en oublieriez presque de traquer impitoyablement votre proie. Au détour d'un chemin, d'un massif de fleurs ou d'un champ d'herbes folles, se rencontrent souvent de véritables tableaux naturels, contenant en leur sein le gène de l'admiration. Proposant une gestion de la lumière dans une volonté évidente de mettre en exergue les formes des objets et des décors environnants, ménageant des zones d'ombres nécessaires à la conservation de l'atmosphère vaporeuse du soft, le moteur graphique étonne de plus en plus au fur et à mesure de votre progression. Et ce n'est pas tout. En effet, le travail sur les dégradés fait preuve d'une méticulosité phénoménale, travaillant de concert avec la mise en forme de l'exposition lumineuse, aboutissant de fait à une sorte de rendu situé entre l'animé et le photo-réalisme. Le bonheur de la découverte est sans cesse renouvelé, au gré d'étendues tapissées de pissenlits dont les graines s'envolent lestement au gré du vent (rappelant dans une bien moindre mesure l'intro de Valkyrie Profile), ou de cours d'eau serpentant au creux de canyons orangés. Dans le même ordre d'idées, la modélisation des divers intervenants, si elle n'est pas exempte de reproches, apparaît assez fine pour exposer la valeur du chara-design et aboutir de ce fait à un attachement immédiat. En revanche et séparé de cet éblouissement constant, on remarque tout de même quelques errances au niveau des textures et de la représentation de certains environnements ou objets naturels. En effet, une fois proche d'une partie des hautes herbes et de nombreuses parois rocheuses ou poussiéreuses, on aperçoit nettement un certain effet de flou, doublé d'une relative grossièreté en ce qui concerne le niveau de détail général de ces éléments mis en cause. Il est surprenant de repérer un aplat désirant par exemple représenter un terrain caillouteux, n'affichant pas de relief particulier dans un ensemble un peu brouillon. On pardonnera toutefois facilement à une Xbox, certes puissante mais pas encore à la hauteur d'un PC, ces quelques petites erreurs synonymes d'une volonté évidente des développeurs de proposer un monde débordant d'espace. Certes quelques textures et décors paient le prix de cette évasion, mais l'univers offert en échange mérite ce sacrifice. L'évocation virtuelle d'une fantaisie noire et ocre.

Continuant sur le principe de la dualité, le gameplay, à la grande différence des anciens opus de la série, oscille entre jeu d'aventure/action à la Tomb Raider, et FPS "réflexif". En effet, vous aurez la possibilité, suivant la situation à laquelle vous faites face, d'investir l'une ou l'autre des deux vues disponibles, à savoir externe dans des phases davantage axées vers la plate-forme et la recherche, ou interne lors des affrontements en règle. Bien entendu, chaque approche de l'action modifie un tant soit peu votre façon de jouer. Idéale pour se définir dans l'espace et se rendre compte de le tournure d'une échauffourée la vue à la "troisième personne" vous permet également d'admirer les divers panoramas en quête d'indices ou de passages auparavant masqués par les limitations de la vision à la "première personne". Cette dernière quant à elle, rend votre précision bien plus imposante, et augure donc une plongée dans le coeur de l'univers dynamique et immersif notable. Qui plusest , elle demeure l'unique accès à votre arme de poing, prenant la forme d'une arbalète surmontée de divers animaux offensifs. Une définition qui paraît étrange énoncée comme cela, mais qui contient pourtant l'un des piliers du titre d'EA. En fait, et ça n'a rien d'étonnant quand on connaît un tant soit peu l'esprit torturé de Lorne Lanning, vous n'utilisez pas de munitions classiques mais des êtres tout droit sortis du sein d'Oddworld. Pouvant en positionner deux sur votre outil d'assaut, il va vous incomber de gérer au mieux leurs différences et leur complémentarité pour remplir l'ensemble de vos contrats. En effet, chacune de ces créatures possède une compétence particulière s'adaptant à divers schémas de jeu. Le Putois, par exemple, permet de pousser un groupe d'ennemis entier à vomir durant de précieuses secondes, vous laissant le temps de vous emparer des brigands, tandis que les Bolamites entourent vos opposants dans leur toile d'une résistance sans pareil. Au nombre de neuf, ces valeureuses bêtes, limitées dans leur utilisation, pourront bien sûr être acquises dans des Epiceries de village, mais aussi et surtout chassées. Voici donc la principale originalité de ce système, la prise en compte de la nature en tant qu'alliée, dans un respect inaltérable. Muni d'un Zap, sorte d'insecte électrique, vous devrez alors paralyser vos "munitions" gambadant ça et là dans le but de les placer dans votre sac et de les avoir à disposition pour votre arbalète. Vous composez en un sens vos différents chargeurs au gré de vos promenades. Adaptant leur rareté à leur puissance, vos frêles bestioles, avec en chef de file les Fuzzles de Munch's Oddysée vous demanderont parfois quelques minutes d'intense recherche. Révolutionnaire et véritablement décalé.

Mais à quoi vont bien pouvoir vous servir ces serviteurs d'un genre particulier ? Et bien tout simplement à capturer les nombreux bandits écumant les terres d'Oddworld, sur lesquels ont été placés des avis de recherche plus ou moins intéressants. Néanmoins, en tant que chasseur de prime dans le besoin, vous ne devrez sous aucun prétexte faire la fine bouche. Une fois décidée l'identité de votre homme à ramener mort ou vif, l'horizon s'ouvre à vous. Votre traque peut débuter. Suivant les traces de vos proies à l'aide des indications de villageois complètement azimutés, et vecteurs d'un humour détonnant, vous devrez profiter du moindre recoin pour vous dissimuler afin de ne pas débarquer dans un camp toutes griffes dehors. Effectivement, s'ils ont l'air idiots, vos opposants n'en restent pas moins très précis dans leurs tirs et organisés intelligemment dans leur schéma de bataille. Veillez donc à éviter le pugilat direct, et surtout récupérez-les de préférence vivants, valant de ce fait plus d'argent, en jonglant avec les capacités de vos bébêtes. Et comme je n'ai plus de place, sachez que cet énoncé n'est que la surface d'un soft fascinant, onirique, et tout simplement fantastique. Il reste tant de choses dont je ne vous ai pas parlé, tant de détails construisant une oeuvre aboutie dans la lignée des aventures de Abe. Vous devez sans doute être comme moi frustré, mais le principal est là, LFDE est un grand titre, un de ceux qui pousse à acheter une machine rien que pour s'y essayer.

Killy, le 03 mars 2005