GoldenEye : Au Service du Mal

Test Xbox

Dans un souci d'originalité conséquent, je me vois dans l'obligation de commencer ce test par un enjoué et sonnant : "Mon nom est Bond, James Bond". En effet, cette phrase devenue légendaire au gré des rencontres amicales et souvent plus si affinités de notre ami en costume noir, pourrait bien contenir un goût amer dans la gorge d'un certain Goldeneye. Ancien agent au MI-6, ce dernier a provoqué la mort de l'agent 007 lors d'un entraînement en simulateur de combat. Considéré comme impropre aux services de Sa Majesté, ce rebelle dans l'âme décide alors de rejoindre les rangs de Goldfinger, celui-ci lui ayant déjà fait une proposition auparavant. A lui désormais de déclamer : "Au revoir Monsieur Bond !"

Goldeneye. Ce nom résonne aux anciens possesseurs de N64 comme une bénédiction, évoquant dans leur esprit l'appellation du plus fabuleux FPS console jamais créé. Véritable concentré d'accessibilité, d'action intelligente, et surtout de plaisir ludique intense via son mode multijoueur, il demeure une icône quasi intouchable. C'est donc avec un certain espoir et une réelle excitation que les intéressés ont répondu à l'annonce de la sortie d'un opus éponyme sur les machines de salon estampillées seconde génération. On imaginait déjà un gameplay détonnant, une fascination identique, et tout cela soutenu par l'avancée technologique. Le stade ultime du jeu développé à l'époque par Rare, donc. Mais qu'en est-il réellement. Pour ne pas vous gâcher le suspense, indispensable à un bon épisode de James Bond, je ne vous révélerai pas la réponse tout de suite. Et tout comme Bloefeld caressant son chat avec obstination et lenteur, vous n'aurez les révélations qu'une fois bien brossé. Sachez pour commencer, que malgré les apparences, le titre d'EA n'est pas une suite ou une quelconque adaptation des jeux et films du même nom, mais bel et bien une aventure inédite, exposant le point de vue des habituelles cibles des organisations secrètes anglaises, à savoir les méchants, les vilains, bref les bad guys. Inséré dans une organisation mondiale du crime organisé dirigée par Doigt Doré comme diraient nos amis québécois, vous allez devoir lutter, non contre votre ennemi de toujours, mais contre le Docteur No, désireux de subtiliser l'Omen à votre patron charismatique. Cet artefact immaculé est en fait une arme agissant directement sur l'organisme, et le désagrégeant immédiatement en un infinité de particules. Il est donc normal que les barons de la cruauté démocratisée s'y intéressent. Pensé comme une oeuvre cinématographique, Goldeneye projette le joueur dans des situations fortement scénarisées, cherchant un degré d'immersion instantané et intense, un peu à la Medal Of Honor, ou Killzone. Introduites la plupart du temps par des séquences cinématiques à la réalisation technique et artistique de grande qualité, les diverses missions que vous aurez à accomplir s'articulent souvent en plusieurs phases distinctes, découpant un seul et même niveau. Vous aurez par conséquent parfois trois ou quatre objectifs généraux placés en des lieux différents du stage. On subodore de ce fait une durée de vie conséquente et une architecture de jeu intéressante. Néanmoins il n'en est rien.

En effet, seulement au nombre de huit, les niveaux abordés, et ce même en mode normal, n'opposent pas vraiment de résistance. En partie due à l'intelligence artificielle catastrophique des ennemis, cette progression beaucoup trop rapide nuit grandement à la crédibilité du soft. A croire qu' Electronic Arts, dans sa volonté de proposer une approche cinématographique incontestable, a décidé de se rapprocher également de la durée moyenne d'une oeuvre de cet acabit. N'espérez pas dépasser les huit heures de jeu bien énervé. Au sujet de l'I.A donc, il est plus que dommageable d'admirer en tant que spectateur les idioties répétées de gardes, pourtant sujets à un procédé nommé avec emphase E.V.I.L AI, censé les rendre imprévisibles. Si ce moteur fonctionne dans certains cas, il semble de façon semblable pousser vos opposants à la bêtise la plus totale. Dignes des sentinelles de Metal Gear (je suis fan de la série, je précise), les hommes du vénérable Docteur observent leurs compagnons tomber les uns après les autres, victimes d'un sniper que vous incarnerez, sans émotion. Continuant leur ronde, ces derniers ne remarqueront une différence qu'au bout de trente à quarante secondes. A croire que leur camp d'entraînement se situe aux alentours d'une cave à vin. Mais ce n'est pas tout. Ne reculant devant rien, cette armée de la honte réagit en sus étrangement face à une fusillade. Il vous arrivera parfois de voir un soldat en prendre un second en otage pour vous dissuader de tirer. Sachant que vous êtes venu pour massacrer l'ensemble des guerriers présents, et que ceux-ci sont censés le savoir, j'ai du mal à comprendre l'utilité de cet acte fratricide. Sans compter les kamikazes se jetant sur vous alors que vous êtes armé d'une mitrailleuse lourde. Tout bonnement surprenant. Heureusement que des traits de génie traversent parfois leurs esprits de pixels, les rendant un peu plus dangereux et sournois, dans ces rares moments. Ils ne restent d'ailleurs pas sur place sempiternellement, ce qui change agréablement de Men Of Valor. Un ensemble très déséquilibré. Autre innovation mise en avant, la possibilité de créer une centaine de combinaisons d'armes différentes en utilisant l'opportunité de placer un outil offensif dans chaque main. Un principe à la base digne d'intérêt car résolvant le problème du stock de fusils et autres pistolets inutiles dans l'armurerie portable présente dans l'ensemble des FPS. Le but est alors d'ouvrir un angle de stratégies d'attaques variées, misant sur les spécificités de chaque outil à votre disposition. Malheureusement, on se trouve bien vite face à l'inutilité évidente de la chose. Une fois expérimentée une association digne de confiance et relativement meurtrière, il est difficile de s'en séparer pour se retrouver avec un simple SA 9 mm et quelques grenades. Vous n'aurez par exemple pas réellement d'apport en mélangeant un Mamba 12G et un M-90, lorsque vous avez l'opportunité de posséder un duo de ces derniers. Un aspect purement secondaire et aboutissant de ce fait simplement à un effet d'annonce.

D'autant que vous dénicherez bien souvent des fusils d'assaut et des armes lourdes, dont vous ne pourrez vous servir qu'à condition d'utiliser vos deux mains. La deuxième main étant de ce fait affiliée à une capacité spécifique de l'engin. Plus puissantes et plus agréables à utiliser, bien qu'aboutissant à des actions moins "classes" durant les échanges de coups de feu, ces instruments prennent le pas sur le principe moteur du jeu. Une lacune tirée hors des flots simplement par le design des armes et les possibilités de certaines. Ainsi le Détonateur, donnant le pouvoir de fixer des mines n'importe où (sur les individus également pour les plus sadiques qui viennent juste d'y penser), ou encore le Fusil EM propulsant une décharge d'énergie passant à travers certains revêtements, ajoutent une part non négligeable de plaisir lors de vos pérégrinations dans les divers stages. Autre particularité du gameplay, la présence du Goldeneye. Oeil bionique remplaçant celui que vous avez perdu dans un combat contre No, il vous octroie quatre fonctionnalités, en suivant votre progression au coeur du scénario. Comprenant l'IRM, permettant de voir à travers les murs, le Piratage, donnant accès à un contrôle sur les panneaux de commandes et pouvant paralyser les armes ennemies, le Bouclier EM, vous protégeant un court moment, et le Champ Magnétique agissant sur votre environnement direct, votre gadget vous sera d'une utilité non négligeable. Seul apport véritablement incrusté habilement dans le titre, la possession de ces "pouvoirs" favorise la mise en place de plans d'actions dissemblables au coeur d'un même assaut. Pourtant, au bout de quelques heures de jeu, vous aurez tendance à oublier la moitié de ces améliorations militaires et ne vous reposerez plus que sur votre valeureux pistolet. Pour finir sur ce sujet, il est somme toute agréable d'avancer dans le jeu, si on ne cherche pas à en comprendre les mécanismes. Mais reste encore l'écueil graphique. A ce niveau, et surtout venant de la part d'une des productions EA, réputées pour leur finesse graphique et le travail incontestable ciblé sur le design, on ne peut être que déçu. Tout d'abord, votre avatar est dramatiquement raide. Ne possédant aucune animation au niveau des bras lors de l'encaissement d'un tir ennemi, au lors d'interactions avec le décor, le sieur Goldeneye paraît digne d'un Terminator en fin de vie. Le plus probant demeurant tout de même le passage entre la position accroupie et celle haute. Violent et très loin d'être naturel, ce mouvement interpelle au début, et amuse ensuite à ses dépends.

Dans le même registre, il est extrêmement regrettable de voir des corps disparaître avant même d'avoir atteint le sol. Une fois abattu, vos opposants s'affaisseront donc par le biais d'une décomposition des mouvements limitée, et se volatiliseront ensuite sur le champ. De plus, s'il vous prend d'en lancer un, après l'avoir pris en otage, il évaporera dans les airs, sans même heurter le sol. Tout cela manque pour le fait implacablement de cohérence, et tranche avec un Killzone, bien plus aboutit dans tous les domaines. Et que dire également des visages peu détaillés des intervenants, ces derniers s'écroulant inanimés dès qu'une malheureuse balle les touche à la cheville. Parcourant des dédales aux décors suffisamment interractifs pour combler n'importe quel joueur (les amateurs de pièges au sadisme proche de celui des deux aventures d'Abe seront aux anges), mais proposant des textures relativement moyennes, vous verrez bien souvent ces êtres polygonés vous faire face, esquissant une grimace involontaire. On ressort donc de ce Goldeneye, d'une part sincèrement déçu, et de l'autre assez déstabilisé par une somme de défauts étonnants de la part d'EA. Beaucoup en attendait monts et merveilles, imaginant déjà de folles soirées à découper du James au laser, mais ils se trouveront finalement devant un titre divertissant, mais invariablement poussif et plat. Remettez votre noeud papillon 007. Il y a trop de laisser-aller.

Killy, le 03 décembre 2004