Catwoman

Test Gameboy Advance

Grand fantasme des inconditionnels de Batman, notre belle amie Catwoman sort ses griffes dans l'espoir de se raccrocher à votre coeur de joueur adepte de DC Comics. Une première phrase à l'originalité peu flagrante et à l'habileté proche du néant se rapprochant pourtant de l'essence même du jeu qu'Electronic Arts essaie de nous faire acquérir à grands renforts de coups marketing. Tentant vainement de retenir un jeu de mots aux atours peu enchanteurs depuis quelques minutes, je ne peux plus contenir cette force immense : "Le chat retombe toujours sur ses pattes, mais Catwoman en est-elle capable ?". Je vous avais prévenu. Si seulement EA avait fait de même.

Pourtant tout s'était bien déroulé au début. Voici le type de constatation qui réapparaît souvent lors, soit des grandes déceptions, soit de subtils aveuglements. Et c'est de cette dernière catégorie qu'il s'agit. En effet, devant les cris horrifiés emplissant la rédaction lors des découvertes traumatisantes des opus consoles de salon et PC, je me suis dit qu'un titre ne pouvait jamais être mauvais sur toutes les plates-formes l'accueillant. Et comme il ne demeurait que la petite et frêle cartouche GBA, encore vierge de tout avis, elle incarnait en un sens le dernier bastion virtuellement sur pied. Les premières impressions sont plutôt bonnes, et le demeurent tout au long du titre. Tout d'abord, la qualité graphique, sans être du niveau d'un Splinter Cell ou d'un Spiderman dans la même catégorie, se révèle convaincante et relativement fouillée. Les décors se trouvent détaillés, tout comme les sprites des divers protagonistes, dont l'animation fait montre d'un travail sérieux et attentionné. La femme féline se meut avec grâce et souplesse, tandis que ses opposants, essentiellement composés d'hommes de main, tentent vainement de déplacer leur être à la corpulence massive.

Il en résulte donc des phases d'explorations agréables à admirer, tout comme les affrontements, dynamiques et faisant appel à la quintessence de la décomposition générale des mouvements. Et toujours dans cette courte rubrique des points plutôt positifs, rentre en ligne de compte le traitement "comics" des scènes relayant le scénario du soft. Vous aurez en fait à faire avec un défilement d'images fixes au cadrage et à l'inspiration typiques des bandes dessinées américaines. Un aspect véritablement sympathique, participant à l'immersion, mais qui tranche malheureusement trop avec le parti pris des développeurs concernant le fait de proposer un univers artistique au grain résolument "réaliste". Dommage pourrait-on se dire. Mais à la vue de ce qui nous attend par la suite, les remords font place à la certitude d'un produit non finalisé.

D'ailleurs, il serait peut-être temps d'informer les programmeurs de l'inutilité de mettre en avant une progression basée sur la précision au sein d'environnements en 3D isométrique. De ce fait, et associée à une jouabilité erratique, l'avancé au gré des divers niveaux jalonnant un parcours riche en énervements de toutes sortes s'apparente à une longue souffrance. Il n'est pas rare effectivement de s'escrimer à saisir une barre métallique juste au-dessus de la svelte héroïne durant une bonne minute, tout simplement par que cette dernière n'est pas alignée au millimètre près avec la prise convoitée. Lorsque une erreur de ce type conduit à être obligé de recommencer un passage entier, cela a de quoi frustrer, je vous l'assure. Dans le même ordre d'idées, l'architecture des endroits meublant la vacuité généralisée, se révèle redondante, et l'on a très souvent l'impression d'exécuter des actions semblables dans un but identique, qui plus est décuplée par ce qui est énoncé ci-dessus. Et comme si cela ne suffisait pas, il arrive fréquemment que les parties du décor que vous devez atteindre ne soient que peu visibles, ou tout simplement pas du tout indiquées, et de surcroît parfois sincèrement cachées. Paradoxalement l'assistanat dont vous faites les frais hors des occurrences précédentes nuit de manière dommageable au titre. Par exemple, dès que vous trouvez une clé, le sens animal de Catwoman vous montre dans quel endroit l'insérer. Un détail ruinant tous vos efforts de recherche et conférant une linéarité sans faille au jeu.

De même, les pugilats sont fort brouillons, et ne permettent jamais de véritablement savoir ce que l'on fait. S'il est vrai que l'on engrange de nouveaux coups au fur et à mesure de notre quête de vengeance, il est regrettable de ne pouvoir au plein sens du terme réaliser des enchaînements. Vous vous contenterez en effet de les subir sans en profiter, fondus dans une masse informe d'ennemis. Les protagonistes demeurent trop petits, accentuant l'effet désagréable d'extériorité à l'action, donnant l'impression de suivre les péripéties de notre chère Catwoman du haut d'un hélicoptère. Aucun challenge ne daigne pointer le bout de son nez dans cette situation inconfortable, laissant sa place à un inintérêt ne se faisant pas prier pour subtiliser cette position de choix. Si seulement, si seulement tout pouvait s'arrêter ici, sans heurts supplémentaires. Cette donnée ne tenait pourtant qu'à Electronic Arts. Mais poussé par l'appât du gain, la société tentaculaire n'a pu freiner sa volonté de puissance inconsistante. De ce fait, on assiste à une lente déchéance de la qualité des dialogues parsemant l'aventure de leur amer goût de clichés. Sonnant tous creux et ne résonnant pas à nos petites oreilles, ceux-ci semblent tout droit extraits d'un best-of des séries Z américaines diffusées le jeudi soir sur TF1, mettant en scène des acteurs oubliés de tous, tentant un retour désespéré. C'est triste. Cette barrière indestructible à une immersion déjà en berne, ne fait que repousser le pauvre joueur cherchant par tous les moyens à justifier son achat.

Et j'évoquerais pour terminer la durée ridicule des diverses missions à accomplir, allant de 5 minutes pour la plus longue, à 30 secondes (véridique) pour la plus courte. Cet état de fait conduit à hacher le jeu, insérant des évènements de manière inconsidérée, et brisant le flux de l'action en de nombreuses reprises durant un seul "acte". Produit formaté, mal découpé, et se basant simplement sur une licence qui plus est peu passionnante pour se vendre, le dernier produit EA Games ne mérite vraiment pas votre attention. Big Brother EA ne voit pas tout visiblement.

Killy, le 26 août 2004