Mashed

Test Xbox

Quels jeux peut-on légitimement accuser de nuire fondamentalement à notre équilibre nutritionnel, de nous pousser à ingurgiter des substances composées à 85 pour cent de lipides bien agressifs ? Au sommet de cette montagne constellée de coupables, nous pourrions placer avec raison les titres mythiques que sont Micromachines, ou plus récemment Micromaniacs, moins jouable mais plus délirant. Grâce à ces derniers le passage du duo verre d'eau et plat de pâtes s'est mué miraculeusement en celui plus condamnable de limonade et pâte d'amande. C'est plus simple à avaler, moins risqué pour la moquette, et surtout aussi nourrissant. Mashed réussira t-il également à faire évoluer nos habitudes alimentaires ?

Véritable clone des jeux précités, le dernier né des studios SuperSonic Software, ayant auparavant commis Antz Extreme Racing, ou encore Starsky et Hutch, reprend les mêmes mécanismes de jeu dans les grandes lignes, conservant nombre de défauts inhérents au genre, mais amenant avec lui une certaine dose d'originalité non feinte. Examinons donc en détail cette carrosserie flambant neuve, afin d'en déceler les merveilles mais aussi et surtout les accrocs. En premier lieu, et de manière semblable à une grande majorité des softs multijoueurs, demeure un mode solo, véritable gangrène des softs promis à un amusement massif entre amis (ou gens qui font semblant de l'être pour des raisons vénales). En effet, et vous l'aurez sûrement deviné, il va vous falloir terminer celui-ci afin de débloquer la base même de l'alternative multijoueur, ne comprenant sans ça que quelques circuits sans grand intérêt associés à une variété ludique bien pauvre. A vous donc la joie immense de parcourir dans ses lignes les plus inintéressantes l'aventure solitaire que représente l'enchaînement de courses thématisées ayant lieu au sein de 13 environnements distincts, allant de le forêt au bord de mer, en passant par une ville ravagée. S'il est bien un point positif à mettre en exergue dans ce titre dynamisant, c'est bien la variété des décors traversés, proposant chacun une ambiance particulière, et une relative ingéniosité dans leur traitement. Notons à ce sujet la piste vous conduisant à exercer vos talents de pilote sur une autoroute à l'affluence majeure, changeant un tant soit peu des sempiternels espaces vides de toute vie. Chaque endroit possède effectivement un caractère propre et une architecture bien spécifique vous obligeant à adapter votre conduite et surtout à appréhender les nouveaux pièges et raccourcis s'offrant à vous.

Malheureusement, passé la découverte de chacune des destinations, on s'aperçoit bien vite des limites du level-design. Les traquenards ne sont pas assez nombreux, le gameplay ne tire que rarement partie du relief, et il n'est que peu possible de découvrir des endroits appropriés à la mise en place de tactiques viles afin de renverser l'avance fraîchement acquise de votre adversaire. Tout est bien trop axé sur la prise de distance liée à la vitesse. Là où Micromachines savait équilibrer la donne, Mashed abandonne quelque peu la réflexivité. Néanmoins, là où ce dernier nous offre une réelle modification, c'est bien dans le type d'épreuves présentes dans ce mode solo. Entre un combat contre un hélicoptère, une fuite éperdue avec une bombe sur le capot, espérant faire trois tours avant qu'elle n'explose, et la poursuite d'un fugitif à stopper en moins d'une certaine durée entre autres, il est évident que vous ressentirez une certaine fraîcheur à l'amorce de ces challenges, qui inclus dans la lassitude générale, rehaussent un tantinet l'intérêt globale. Car mis à part cette mutation incontestable, le reste de votre temps sera consacré à de vulgaires courses soumises à différentes règles peu innovantes. Mais sans ce sacrifice, point d'amusement complet en multi.

C'est en ce lieu que se trouve bien évidemment le centre névralgique du soft. Jouable jusqu'à quatre, avec soit quatre manettes, soit deux partagées (toujours à la manière de Micromachines), vous aurez alors droit à des heures d'amusement conséquent au travers de principes de jeux sympathiques, bien que classiques. Trois sont au programme. Le fugitif, où vous devez rattraper l'un des autres joueurs alternativement, la bataille, donnant la victoire au premier arrivant à huit points, et le mode garder le drapeau, dans lequel vous devez impérativement conserver votre fanion en essuyant les tirs adverses. Ces derniers ne se priveront pas de s'en prendre à votre personne par le biais des 9 armes disponibles dans le jeu, allant de la mitrailleuse au mortier, en passant par le lance-flamme et les mines. En bref, rien de très excitant et novateur. Aucun objet ne se distingue vraiment, et ne donne à voir un nouvel horizon, permettant de le détacher de la concurrence. Le divertissement relatif à l'utilisation de ces items de destruction massive ne perdure pas après deux ou trois occurrences, plongeant alors le joueur et par extension l'acheteur dans un état dubitatif prononcé. Se retrouver à ne plus être rongé par l'impatience d'obtenir tel ou tel outil offensif dans l'optique de traumatiser son plus cher compatriote dans un rire caverneux implique par la même une distanciation vis-à-vis du soft, et par conséquent un désintéressement rapide et irrémédiable. Certes la maniabilité reste intuitive et nerveuse, corroborant le dynamisme de l'ensemble, surtout associée à la compétition obligatoire que créé le type de jeu qui nous intéresse dès que l'on s'imprègne du gameplay, mais est-ce suffisant pour garantir des après-midi de pure folie, où le temps n'est plus qu'une vague notion ? On est en droit de se demander où s'est caché le fun.

Objectivement, Mashed se révèle sincèrement distrayant dans le fond, mais son absence de renouvellement, et la "linéarité ludique" générale l'empêche de s'exprimer pleinement. En fait, on ressent trop de sérieux, de volonté de coller à la mouvance "cool" et toutefois adepte du ton âpre d'une certaine "révolte" des convenances. J'en veux pour preuve les insultes que l'on peut distiller au gré des courses ne pouvant se partager entre "politiquement correct" (bien que je n'aime pas ce terme) et décemment vulgaire. On se croirait vraiment dans une cour de récréation où des jeunes enfants hésitent encore à manier les "gros mots". Pourquoi ne pas avoir choisi un ton de dérision général s'adaptant vraiment mieux à la thématique du soft ? En parlant du son, la version de test comprenait de graves bugs sonores qui seront je l'espère, et je le pense, corrigés dans la version mise en vente en magasin.

L'aspect graphique est un peu sujet à un déséquilibre également. En effet, les véhicules (13 types différents) s'avèrent bien modélisés, et les décors utilisent des textures de bonne qualité, mais se révèlent limités quant au niveau de détail. L'ensemble reste tout de même très fluide, ce qui est le principal pour ce genre de soft. Pourtant, un écueil vient se mêler à ce tableau aux couleurs chatoyantes. La gestion des collisions n'est en vérité pas des plus aboutie, et augure parfois de bien étranges phénomènes. Il vous arrivera souvent de croire qu'un passage demeure suffisamment large pour vous y faufiler alors que vous serez tout bonnement arrêté net par un mur invisible. Inquiétant. Au final, donc, Mashed apparaît comme un jeu attirant à bien des égards, mais par trop limité pour espérer faire partie de votre ludothèque dans la rangée des grands softs axés multijoueur. Dommage, d'autant que le design des voitures était plutôt intéressant.

Killy, le 26 août 2004