The Legend of Zelda

Test Gameboy Advance

S'il est une légende qui demeure immortelle, c'est bien la légende de Zelda. Près de 20 ans après la genèse d'une saga désormais mythique, Nintendo répond aux appels des fans qui n'ont pas oublié l'instant béni où ils eurent entre les mains une cartouche dorée qui recelait en son sein un trésor. Et pour que personne n'oublie jamais comment naquit la légende, Nintendo se décide enfin à ressusciter le mythe par l'intermédiaire de la GBA.

S'il est vrai que l'on peut juger la démarche de Nintendo abusive en ce qui concerne la gamme des jeux Nes Classics sur GBA, le prix fixé à 20 euros n'étant pas justifié pour la plupart des titres, dans le cas de The Legend of Zelda on aurait plutôt tendance à se dire que l'on est en présence d'une sortie événementielle sur ce support. Ce titre étant l'un des rares jeux au monde que l'on peut recommencer en boucle avec toujours autant de plaisir, celui-ci bénéficiant par ailleurs d'une durée de vie plus que raisonnable encore aujourd'hui, on peut se dire que sa conversion sur GBA mérite de rencontrer un réel succès. A l'heure où il est devenu plus que délicat de faire tourner correctement un jeu NES sur une console d'origine, pouvoir se procurer un soft aussi mythique que celui-ci sur une machine actuelle est une aubaine qui ne se refuse pas.

Lorsqu'en 1986 j'ai découvert, comme sûrement la plupart d'entre vous, ce fameux Legend of Zelda sur la Nintendo Entertainment System, si l'on m'avait dit à ce moment-là que j'aurais un jour la chance de tester ce jeu, je ne l'aurais probablement pas cru. Alors quand un de nos rêves les plus chers se réalise, on ne peut que savourer l'instant tout en s'efforçant de se montrer à la hauteur de l'honneur qui nous est dû. Après avoir eu l'opportunité de vous dire tout le bien que je pensais de ce premier volet à travers le dossier Zelda, je vais tâcher d'en faire la critique la plus objective possible. Si si, c'est possible, croyez-moi.

Bon nombre d'entre vous n'ont sans doute pas connu cette époque lointaine, mais il fut un temps où les joueurs étaient pris d'une frénésie irraisonnée lorsqu'un jeu 8 bits sortait dans les rayons. Ce fut le cas pour les deux volets Nes de The Legend of Zelda, où le simple fait de se les procurer le jour J relevait déjà d'une véritable quête. Une fois la cartouche dorée insérée dans la console, que découvrait-on ? Exactement la même chose que ce à quoi l'on assiste en lançant cette version GBA. Une intro sobre composée d'un logo mythique et d'une musique qui fera verser une larme aux nombreux nostalgiques. Un scénario narré dans un anglais que peu d'entre nous comprenaient à l'époque, et que l'on retrouve tel quel aujourd'hui puisque les textes de cet opus GBA ne sont toujours pas traduits, authenticité oblige. Et puis trois fichiers de sauvegarde, une prouesse en 1986 où Zelda fut la première cartouche Nes à intégrer une pile de sauvegarde pour enregistrer sa partie.

Survient alors le choc des graphismes. Ne bénéficiant évidemment pas d'une quelconque refonte technique, le jeu que l'on redécouvre ici nous replonge à l'époque où un simple amas de pixels suffisait à enflammer notre imagination. Alors forcément, faire le test d'un titre 8 bits en 2004 nous contraint à aller au-delà de l'aspect nostalgique pour sanctionner la technique, mais les vrais fans seront plus qu'heureux de retrouver intacte l'esthétique originelle. Pourtant, il y a bien une chose qui ploie mais ne se rompt pas aux sévices du temps, c'est l'intérêt du jeu. J'ai l'intime conviction qu'à chaque seconde de chaque minute de chaque heure de l'année, il existe forcément quelque part quelqu'un qui joue à Zelda. Et je vous mets au défi de trouver à ce jour un titre qui procure un plaisir de jeu plus indélébile que celui-ci.

Des arguments, il y en a plus que je ne pourrais en citer ici. Avant de sauver la princesse Zelda des griffes de Ganon, Link doit s'emparer des huit morceaux de la Triforce protégés par des gardiens redoutables dans les profondeurs de huit donjons. Chacun d'eux étant caché quelque part parmi la centaine d'écrans qui constituent la carte du monde, Link doit passer au peigne fin chacune de ces zones à la recherche des fameux palais. Une fois à l'intérieur, il lui faut surmonter les embûches de chaque salle pour trouver l'objet secret du donjon en s'aidant de la boussole et de la carte du niveau, puis se frayer un passage jusqu'au boss qui protège le morceau de Triforce. Si les énigmes sont souvent simples, quelques-unes d'entre elles sont divulguées de façon plus énigmatique par des sages que l'on trouve parfois au détour d'un passage secret moyennant un certain quota de rupies. Les petites vieilles nous troquent de précieuses potions tandis que les marchands proposent toutes sortes d'objets à des prix compétitifs. Explorer l'univers d'Hyrule c'est donc s'évertuer à brûler le moindre arbuste à la lumière d'une bougie, poser une bombe sur chaque paroi et pousser chaque bloc suspect. A condition de ne pas recourir à un plan, on peut ainsi passer des heures à découvrir tous les secrets d'Hyrule, et on est alors bien souvent récompensé par des trouvailles dont on n'imaginait même pas l'existence. C'est d'ailleurs seulement une fois muni d'un arsenal complet et d'une foule d'objets hétéroclites que l'on se sent apte à prendre d'assaut le repaire de Ganon, vaste labyrinthe souterrain caché dans la montagne. Et alors que l'on reprend enfin son souffle après la délivrance de sa belle, voilà qu'une seconde quête s'offre à nous, avec un niveau de difficulté clairement revu à la hausse, une redisposition complète des donjons, de leurs salles, des passages secrets et des objets. C'est donc une toute nouvelle aventure que l'on découvre alors, un parcours du combattant où il est indispensable de maîtriser la précision et l'anticipation au combat pour sortir vivant d'une salle où l'on se bat généralement à dix contre un. Autant dire que le challenge est de taille et que la durée de vie est incomparable par rapport aux autres jeux Nes. Classique parmi les classiques, The Legend of Zelda constitue l'une des pierres de voûte du patrimoine vidéoludique, et c'est à nous de lui rendre hommage aujourd'hui en démontrant que l'on sait encore reconnaître le Graal qui se dissimule sous l'apparence austère et dépassée d'une vulgaire coupe en terre cuite.

Romendil, le 12 juillet 2004