RC Cars

Test PC

Les jours d'été arrivent, remorquant avec eux une somme d'activités inhérentes à cette saison, fortement axées vers l'extérieur et les grands espaces, chaleur et faible brise obligent. De votre place privilégiée et imprenable à la vue des vacanciers insouciants, autrement nommée le, je cite, "café du coin", ou"café de la plage" la plupart du temps, vous observez un raffinement cocasse incarné dans des groupes de personnes en transe. Certains courent après des crustacés innocents, d'autres s'évertuent à rattraper un volant bien trop soumis aux vents, et l'on peut même en surprendre en train de compter les grains de sable avec force et motivation. Ils meurent d'un coup de soleil avant d'avoir terminé le plus souvent, si la soif ne les terrasse pas préventivement. Mais rien n'égale la conduite de voitures téléguidées.

Fier détenteur d'un véhicule modèle réduit affublé d'une antenne à la souplesse légendaire, vous vous décidez, commande à distance dans une main, à parcourir les environs dans le but de dénicher des partenaires de jeu. Les bases de RC Cars pourraient être celles-ci. En effet, le premier mode à se proposer à vous n'est autre que celui intitulé championnat. Et déjà les problèmes surviennent. Cela est important à signaler, car habituellement les lacunes n'apparaissent pas aussi vite au grand jour. Naïf et prêt, selon l'habillage général du titre à expérimenter un fun immédiat, vous êtes arrêté dans votre élan d'un probable contentement futur, par un freinage à la limite de la perte d'adhérence. Observant distraitement le tableau plaçant les diverses courses dans un ordre croissant de difficulté vous êtes soudain subjugué par ce qui paraît au départ n'être qu'un détail. Néanmoins vous apercevez bien vite que c'est loin d'être le cas. Les épreuves sont purement et simplement payantes, mis à part la première. Si vous suivez le raisonnement, il va donc falloir réserver les fonds que vous avez amassés à la sueur de votre pouce dans la course gratuite pour espérer concourir dans les suivantes. Sachant que vous ne gagnez suffisamment d'argent que si vous vous trouvez dans le trio de tête, (et encore la place de troisième ne s'avère pas très enviable financièrement parlant) vous pouvez vous attendre à retenter relativement souvent le circuit gracieusement offert. De plus, dans un souci d'énervement certain du pauvre joueur pris en otage de ses sentiments, le principe de progression apparaît plus que rédhibitoire.

Si vous vous trouvez en une posture inconfortable durant une étape, et que votre unique espoir de gains monétaires semble se retirer au-delà de l'horizon, il vous est possible de mettre fin à votre calvaire et de recommencer la compétition. Toutefois, si vous effectuez cette manoeuvre il vous faudra débourser une nouvelle fois la somme adéquate pour pénétrer au sein de la course. Ce qui implique le retour non souhaité à la collecte d'un pécule, sur le circuit définitivement gratis. Et le cas de figure est identique si vous ne parvenez pas à atteindre la ligne d'arrivée de façon qualificative (de la première à la troisième place). Après avoir passé de longues minutes précédemment au coeur de ce même lieu, vous ressentirez rapidement une sorte de lassitude justifiée lors de vos retours incessants. Il faut très longtemps pour avoir vraiment l'impression d'avancer dans ce chemin semé d'obstacles, et à ce moment là, vous aurez déjà assimilé cet aspect véritablement mal pensé, le redoutant, non pas en tant que synonyme de défaite, mais en tant que précurseur d'un prochain ennui. Une somme d'allers-retours inutiles et brisant l'effort d'attention, et la volonté de continuer. Dommage. D'autant que les tracés s'avèrent particulièrement techniques et variés, prenant place dans des environnements disposés de préférence au bord de la mer, mais sachant se renouveler de manière notable.

Il faut apprendre à tirer partie de chaque endroit un peu plus dégagé pour améliorer sa vitesse moyenne, utiliser les raccourcis, nous rappelant les folles poursuites de la série Need For Speed, et savoir se repérer rapidement lors de certaines étapes, consciemment labyrinthiques. D'autre part, la présence de nombreux intervenants, baigneurs, chiens ou encore crabes, ajoute du piment, du fait des mouvements aléatoires de ces derniers. Une collision est d'ailleurs à proscrire, à la vue des réactions violentes de ces formes de vie gigantesques. Une diversité agréable donc, et un plaisir de jeu qui aurait pu se révéler complet sans l'écueil sus-cité. Mais tapi dans l'ombre d'un paisible palmier repose un grand mal qui va s'abattre sur un pauvre titre qui n'en avait pas demandé autant. Cette plaie venue du fond des âges se nomme "checkpoint", et participe à la malédiction de RC Cars. Effectivement, durant les nombreuses courses que vous aurez à disputer, il vous arrivera de croiser des marqueurs lumineux de couleurs différentes, indiquant un point de passage obligatoire, et qui plus est permettant au jeune conducteur émérite que vous êtes de garder en mémoire sa progression. Un concept qui paraît intéressant au premier abord, et c'est en cela qu'il en devient fourbe. Imaginez que vous vous trouvez à la première place et que par un grand malheur vous chutez dans les flots déchaînés. Loin de vous poser gentiment à l'endroit de votre malencontreuse erreur, le soft décide de vous disposer au niveau du checkpoint, qui peut se trouver parfois à plus de 10 secondes en amont. Vous pouvez dès lors passer du statut de leader incontesté à celui de voiture balai sans aucun espoir de rattraper vos concurrents. Une pénalisation outrancière qui au lieu de stimuler pousse à presser les touches "alt" et "F4" simultanément.

Si encore ce genre de déconvenues n'était pas légion, mais les rapports entre votre véhicule et les objets environnants (décors et autres voitures) se révèlent si étranges que l'on se retrouve bien vite en situation difficile. Frôler un mur vous stoppe immédiatement dans le meilleur des cas, où vous entraîne dans des têtes à queues fort violents. Le principe de foncer dans des objets afin d'engranger du boost aurait de manière semblable pu devenir une idée sur laquelle se pencher, mais étant donné que la majorité d'entre eux vous ralentit plus que sensiblement, il est évident que l'évitement demeure une règle fondamentale. Pourtant, les réactions du bolide miniature, tout comme le moteur physique sont sincèrement crédibles et étonnantes de réalisme et pouvaient aisément conduire à un gameplay accrocheur. Mais l'adrénaline ne se montre d'aucune manière et l'attrait demeure principalement la maniabilité instinctive et jubilatoire liée à l'atmosphère du jeu rappelant un tantinet la série des micromachines. Un point positif, mais englué dans une mare de défauts.

A ce propos, les graphismes, étonnants de finesse pour un titre vendu à petit prix, et affichant même un degré de détail très honorable, apparaissent accompagnés de bugs malheureusement nombreux et handicapant pour certains. Il m'est arrivé plus d'une fois de me retrouver en train de faire le poirier sans pouvoir me remettre sur les roues, au milieu d'une plage déserte. Heureusement, un simple saut permet d'y remédier, mais la crédibilité s'efface. En revanche, ce titre bénéficie d'une fluidité exemplaire permettant, dans la vitesse ambiante, de porter une attention moins appuyée sur certaines textures peu développées. Un travail honnête néanmoins, qui va de paire avec la possibilité d'upgrader son modèle réduit au gré des deniers récoltés avec passion et surtout acharnement. Les pièces demeurent suffisamment nombreuses et variées pour aboutir à la création d'une volonté manifeste de poursuite du championnat, dans l'espoir de posséder une puissance notable, et par la même une satisfaction ludique augmentée. Mais cela ne suffit pourtant pas à hisser RC Cars au-dessus des mornes limbes. Sympathique de par son rapport qualité/prix, voilà un soft qui bien qu'affichant une forme aux atours charmeurs, concentre un nombre trop important de carences pour vraiment convaincre. Du sable est entré dans le moteur.

Killy, le 01 juillet 2004