Baldur's Gate : Dark Alliance

Test Gameboy Advance

Ma tête me faisait souffrir. Après avoir passé inconsciemment une main sur ma nuque endolorie, je me rendis compte, non sans une certaine appréhension que mes doigts se trouvaient couverts de sang. Deux hommes d'armes se trouvaient à mes côtés. Voyant un sentiment d'indécision sur mon visage, ils prirent la décision de m'indiquer que j'avais été dépouillé par des voleurs durant la nuit. Encore passablement engourdi, je me dirigeais vers la première auberge venue, Le Chant de L'Elfe. Tout cela commençait si banalement.

Porte étendard du RPG sur PC, la série Baldur's Gate, sans cesse courtisée par le monde sans pitié des consoles de salons s'est vue logiquement adaptée sur les trois supports principaux du marché. Néanmoins, et ce malgré les louanges dithyrambiques du monde vidéoludique, l'aspect jeu de rôle s'est laissé happer par la glorification d'une action soutenue. Plus proche de la série Diablo sur nos machines imposantes trônant dans nos salons et nos chambres, les deux épisodes Dark Alliance se laissent charmer par le hack'n slash pur et dur. Et c'est sans surprise que l'on se retrouve devant un schéma identique sur la petite portable de Nintendo. Place à l'annihilation de gobelins et de kobolds divers à l'aide d'armes tranchantes et férocement aiguisées. Bas" sur les deuxièmes règles d'A.D & D(Advanced Dungeons and Dragons), vous avancerez donc en terrain connu, retrouvant avec joies les classes habituelles, allant du guerrier au mage en passant par l'archer, ainsi que le système de montée en expérience particulier. Dès votre entrée en matière, il vous sera proposé de vous créer un personnage, en répartissant des points d'expérience entre diverses capacités, telles que la force, la constitution, ou encore le charisme. Suivant le type de combattant choisi il sera bien entendu très important de répartir ces ajouts de manière réfléchie et stratégique. Rien ne sert par exemple d'utiliser trois points pour faire progresser la caractéristique d'attaque du mage. Cet interlude terminé, vous voici enfin face à votre destinée, seul sur la triste place de la Porte de Baldur. Vos premières missions ne seront pas, avouons-le, fort passionnantes. Entre la recherche d'une clé dans les égouts, et la traque contraignante et oppressante de rats géants (au pelage soyeux, précisons)dans les caves de la taverne, il sera légitime de se poser la question de savoir où se trouve ici la notion même d'héroïsme. Cependant, le coeur vaillant, fier d'être une sorte d'élu pour les trois ivrognes et la belle tenancière, vous accomplirez ces tâches dégradantes avec un bonheur masqué. Mais encore tout juste ouvert au monde de l'aventure, vous découvrirez bien vite que les animaux mutants ne sont que des bribes de ce qui attend votre onirique contrée.

Dès l'obtention de vos premières pièces d'armures, votre sang ne fera qu'un tour. En effet, et il est important de le signaler, car on ne le voit que trop rarement dans le monde merveilleux des RPG, chaque accessoire que vous équipez apparaît sur votre avatar, renouvelant sans cesse une garde robe aux couleurs, certes peu chamarrées mais adaptées à l'ambiance générale. Armes et armures sont très nombreuses et possèdent chacune des attributs propres avec lesquels il faudra composer votre sanglant opéra. Désigné pour faire face aux forces du Chaos, le sauveur des faibles et des opprimés se doit d'acquérir la science de l'appareillage guerrier. Le choix se révèle plus qu'important. Dagues, massues, haches, boucliers, gantelets, casques, le parfait attirail de l'aventurier est mis à votre disposition, sans oublier bien sûr les outils de destruction imprégnés de pouvoirs magiques. Pourtant, il faudra souvent vous référer à votre menu d'équipement, afin de jauger le poids de vos trouvailles. Ne pouvant porter qu'une charge limitée, il est toujours bon de privilégier les objets les plus indispensables. Veillez de même à peser le pour et le contre constamment. Un marteau de guerre s'avère puissant, mais vous empêche de vous adjoindre un bouclier. Un parti pris réaliste et savamment dosé. L'impression de ressentir des sentiments semblables à ceux expérimentés lors de la quête épique des opus 128 bits, découle au gré de vos pérégrinations aux accents délicieusement épiques.

Plongé dans l'atmosphère lourde et chimérique d'un monde aux confins de l'imaginaire richement décorée d'une héroic-fantasy aux effluves enivrantes d'un Tolkien inspiré, vous explorerez avec enthousiasme les contrées sauvages de cet univers d'acier et de sang. Doté d'une réalisation faisant honneur aux capacités de la GBA, Baldur's Gate Dark Alliance propose des environnements d'une finesse notable et gorgés de détails, qui participent activement à l'immersion très rapide et sereine au sein de ce soft. Bien qu'un tantinet répétitif, ils respectent consciencieusement les codes d'un ensemble de données nés avec des ouvrages tel que Le Seigneur Des Anneaux. Écumant les murailles, traversant des donjons où résident des secrets séculaires aux descriptions horrifiques, ou bien bravant la nauséabonde odeur d'égouts à la solde de créatures du Malin, il ne tient qu'à vous de parcourir ces endroits riches en sensations, possédant l'âme des récits fantastiques d'autrefois. De même, le design général, que ce soient par le biais de l'utilisation intéressante des tons, ainsi que par la conception même des équipements renvoie sempiternellement vers les influences majeures du jeu. D'autant plus que les animations, ainsi que la réalisation générale ne trahissent pas ces dernières. Léché, bien que parfois sujet à des bugs de collision avec certaines parties des décors (surtout au niveau des embrasures de portes ), le soft ne souffre pas de la comparaison avec le second hack'n slash majeur de la portable dépliante, le bien nommé "Retour du Roi". Malheureusement, il possède également de semblables lacunes.

Tout d'abord, bien que le gameplay soit particulièrement jouissif et bien pensé, grâce notamment aux raccourcis permettant l'absorption d'une potion avec rapidité, et un changement d'arme on ne peut plus simple, il est toutefois à regretter le manque d'ergonomie de la collecte d'objet. Je m'explique. Lorsqu'il vous arrive de tomber par hasard sur une fiole sacrée au détour d'un couloir agrémenté d'araignées géantes, il vous suffit alors d'appuyer sur le bouton "B" pour vous en saisir. Mais ce geste n'est pas immédiat. Il vous faut d'abord passer par le menu, afin de vérifier ce que vous avez ramassé, puis de valider avec "A" pour enfin avoir l'ustensile de votre convoitise dans votre inventaire. Une perte de temps relativement incompréhensible, tranchant dans le vif de l'action, et morcelant pour le coup la progression. De plus, et c'est là le plus gros reproche à faire sur le titre d'Ubisoft, il manque un mode deux joueurs. Souvenez-vous de vos parties endiablées avec un ami bercé comme vous par la mouvance héroic-fantasy sur les épisodes PS2, Gamecube ou Xbox. Cette possibilité apporte un sel non négligeable sur un tableau déjà fort relevé. Connaissant pourtant l'engouement de big N pour le multijoueur, on peut se demander la raison de cet oubli fâcheux. Mais personne n'est parfait. On y était pourtant presque.

Killy, le 11 mars 2004