Billiards Xciting

Test Playstation 2

Jack s'approchait des ampoules allumées depuis maintenant plus de dix heures. Leur pâle luminescence masquait dans de vaporeuses ténèbres les habitués venus perdre leur misérable pensées emplies d'alcool à observer le balai majestueux des deux joueurs. Seul un léger mouvement de fumée trahissait la présence d'un adversaire dans l'ombre. La cendre encore chaude des mégots tapissait les billets de 10 dollars.

Le monde du billard, contrairement à d'autres pratiques plus ou moins sportives, dispose d'une ambiance toute particulière. Relayées par de nombreuses productions cinématographiques, ces atmosphères cloisonnées et tendues demeurent encore vives dans quelques endroits. Mais, je vous rassure, pas sur PS2. Loin des lugubres troquets où les soirées peuvent aisément se terminer par un coup de tabouret derrière l'oreille, Billiards Xciting vous propose d'exercer vos talents au sein de salles tout à fait recommandables, bien que fort vides. En effet, autant débuter par ce constat peu flatteur. Les environnements, tout en 3D, se révèlent mal réalisés, d'un point de vue graphique autant qu'artistique. Le tout s'avère cruellement dépouillé, et vierge de toute animation. Les boules quant à elles disposent d'un rendu relativement moyen, dénuées de reflets qui auraient témoigné d'une certaine attention, mais possédant une physique correcte. Mais est-ce vraiment ce que l'on demande à un jeu de billard ?

Dès votre entrée en matière, vous vous apercevez stupéfait que les modes de jeu sont plus nombreux que ce que vous étiez en droit d'attendre. Tout d'abord, un mode story (histoire), dans lequel via un scénario aussi étoffé et novateur qu'un mauvais épisode de Walker Texas Ranger, votre tâche sera de parvenir à tenir en échec un adversaire coriace. Mais attention, rien de simpliste. Ce dernier vous conseille parfois de miser de l'argent, juste avant de jouer votre coup. Si vous arrivez à tenir votre engagement, c'est à dire rentrer la boule "cible", vous empochez la mise. Si ce n'est pas le cas, c'est alors votre opposant qui verra sa fin de mois plus prospère. Cependant vous n'êtes pas obligé de miser, car il faut savoir raison garder. Vous vous doutez bien qu'une fois dépouillé de vos biens monétaires, le grand chevelu (car il l'est) vous ayant défié gagnera la partie, ne vous laissant que votre amer dépit en bouche. Si cette vision de la victoire n'est pas la vôtre, rien ne vous empêche de vous focaliser sur le mode "versus", qui comme son nom l'indique, vous met aux prises avec un opposant, soit humain, soit géré par l'intelligence artificielle de la machine bruyante de Sony. Rien de bien original donc. Néanmoins, même au sein de terres ravagées par des centaines d'années de cataclysmes successifs, une once de vie parvient toujours à croître. Ce maigre espoir se nomme "Trick Game". Il s'agit en fait d'une trentaine de petits challenges, dans lesquels votre talent sera mis à rude épreuve. Tenant plus du billard artistique, ces épreuves vous placent devant des situations de jeu quasi-inextricables. A vous de faire étal de vos capacités. Mais cela se révèle bien peu dans l'espoir de contrebalancer un intérêt pour le moins absent.

Heureusement pour nos nerfs, la jouabilité ne demeure pas trop fastidieuse, mis à part un point précis sur lequel je vais revenir. Le plus important dans ce genre de disciplines est de bien visualiser l'aire de jeu. Ceci est géré assez intelligemment en ce titre. Il vous est possible de scruter la table de haut, découvrant l'ensemble du jeu, ou si vous désirez plus de précision, de simplement reculer ou approcher la caméra. Il faut pour ce faire être en mode "cue", indiqué en bas à gauche de l'écran. D'une simple pression sur la touche "croix", vous passez en configuration "shoot". Vous pouvez alors vous servir de "triangle" afin de vous révéler la trajectoire que prendra la boule si vous tirez, puis du stick droit pour influer sur la force du tir. Toutefois, la précision à l'aide du stick étant plus que relative, il vous est offert la possibilité de changer de gameplay, en adoptant l'ajout d'une barre virant du bleu au rouge suivant la puissance de votre coup. Cela ressemble fortement au système présent dans les jeux de golf. De même, en "cue", vous pouvez, si le coeur vous en dit, provoquer un effet sur la sphère à l'aide du stick droit. Un point bleu se déplace de ce fait sur la représentation de la boule en bas à droite, vous indiquant où votre canne frappera. Le joystick gauche quant à lui, modifie l'inclinaison de la queue. Un ensemble d'ajouts vous facilitant grandement la tâche, et ce de manière partiellement intuitive.

En effet, si la mise en forme de votre tir est exempte de défaut, la visée l'est beaucoup moins. Déterminée en "cue", elle souffre de la trop grande raideur du stick analogique gauche, obligeant à verrouiller sa cible par à-coups peu agréables. Déstabilisant et passablement énervant. Au final, porté par une bande son atrocement répétitive et soporifique, Billiards Xciting propose un gameplay agréable, et... c'est tout. Dépourvu de finalité, peu amusant, l'intérêt chèrement ancré en lui s'envole lestement. Pas une simulation, ni un jeu arcade, le soft édité par Bigben Interactive peine à trouver son public et rentre la blanche avant tout le monde. Dommage.

Killy, le 02 février 2004