Top Gear Rally

Test Gameboy Advance

Et virage 4 à droite sur cent mètres, ralentis, à quatre vingts dix sur 5 à droite, ne coupe pas, attention épingle sur virage 5 à gauche, lent 2 à droite, tout droit cinq cent mètres, cent dix à gauche, sur arrivée. Pour les non-initiés ce dialecte sauvage peut paraître légèrement obscur. Cependant il est l'essence même d'une discipline à forte tension, le rallye.

Dans ce petit monde fermé où des gens affublés de casques, exécutent des figures libres au sein de ravins et autres domaines bucoliques, en hurlant des insanités ou bien des chiffres étranges suivant la situation, un soft était parvenu à faire exulter les plus mornes d'entre vous, le bien nommé V-Rally 3. En effet qui aurait eu l'outrecuidance d'espérer voir un jour de la 3D sur GBA. Et pourtant ce jour faste arriva. Ses concurrents furent alors balayés par la poussière laissée derrière lui. Tous ? Non. Un petit développeur continue encore et toujours à résister à l'envahisseur. Son nom ? Kemco.

La lumière de la GBA (SP du coup) emplit l'écran et à ce moment, c'est une nouvelle révélation. La 3D est encore de la partie, mais exploitée d'une manière différente. En effet, contrairement à V-Rally 3, les différentes voitures bardées de couleurs agréables et détaillées magnifiquement sont modélisées entièrement. Mais cela a un prix. Les décors, exempts de défaut dans le titre qui commence par V et finit par Rally, sont dans Top Gear Rally bien moins fins et manquent légèrement de profondeur. La 3D apparaît moins flagrante, si bien que l'on se prend parfois à douter de la bonne foi des équipes de développement. Mais l'environnement demeure très riche, même trop à certains moments, où cette orgie graphique nuit quelque peu à la lisibilité de votre folle course effrénée. De même, le moteur physique acquiesçant le coup de plein fouet, voit ses limites sévèrement dépassées lors de l'affichage de plus de quatres bolides. Les différents circuits mettant en scène huit véhicules, il se pose un problème. Lequel est résolu par la disparition pure et simple des voitures vous suivant lorsque trois s'affichent au loin. Il vous est donc possible de vous arrêter pique-niquer au milieu de la piste, personne ne vous doublera plus. Et l'on ressent une grande impression de solitude. J'en tremble encore.

Les frissons se font plus pressant à l'approche des modes de jeu. Les peurs ataviques se dispersent rapidement lorsque vous vous apercevez que vous disposez d'un mode championnat relativement long (soixante courses réparties sur vingt destinations) et d'un mode course simple comptant vingt épreuves, pour les principaux. Ce qui nous fait donc un total de quatre-vingts circuits. Impressionnant pour une portable. De plus entre les différentes pistes et véhicules à débloquer, vous allez avoir de la route à avaler. Mais c'est mal connaître Kemco que de s'arrêter à cette mise en bouche. Dans une volonté louable de créer un titre complet, ce dernier a inclus un réglage des paramètres de votre belle 4L de compétition après chaque "spéciale". Vous pourrez donc, à loisir, modifier vos pneus, transmission, direction, freins, échappement, et enfin les rapports de boîte. Fini les réparations chaotiques sur le fil du rasoir après avoir malencontreusement perdu l'arrière droit de sa Subaru à la suite d'un tonneau fougueux. Cet aspect simulation dans la précision des changements opérés sur votre tas de ferraille contraste avec l'aspect purement simulation du soft. Vers l'infini et au-delà !

Adieu jauge de dégâts et filtre à air brisé, ici, la loi de déformation des corps ne s'applique pas. Cet aspect procure à votre conduite une liberté qu'aucun autre jeu de rallye sur portable ne procure. Faites fi des buissons et autres végétaux, votre char d'assaut est incassable. Cependant, il convient de se poser une question. Cela ne nuit-il pas au titre ? A mon avis, oui. Cela en partie dû à une gestion des collisions assez sommaire. Il vous arrivera souvent de heurter un lampadaire et de vous retrouver projeté sur le bas-côté alors qu'un instant plus tôt vous aviez été stoppé net durant la même action. D'autre part, percuter un chêne centenaire à 180 km/h et repartir comme si de rien n'était demeure passablement étrange. On aboutit à une sensation un tant soit peu déséquilibrée. Mais le gameplay demeure suffisamment intéressant.

La jouabilité, basée essentiellement sur la glissade contrôlée (ou non), fait montre d'un léger manque d'adhérence sur l'avant (sous-virage), ce qui peut rebuter bon nombre de personnes adeptes de V-Rally 3. Nonobstant cela, les adeptes de Sega Rally retrouveront leurs marques, toujours inscrites au creux de leurs mains meurtries. Au final, Top Gear Rally est une très bonne surprise, renouvelant avec brio un genre cantonné à la simulation, du moins sur portable. Cette sorte de V-Rally deuxième du nom, au niveau des sensations de conduite et des épreuves disputées en concurrence directe avec les autres véhicules, se pose en concurrent direct d'un V-Rally 3 tenant plus d'un Colin Mac Rae, concernant la précision nécessaire afin de parvenir à la consécration. Choisissez votre camp, et roulez jeunesse !

Killy, le 27 novembre 2003