Une Faim de Loup

Test PC

Etonnant comme certaines bonnes idées peuvent mettre du temps avant de germer dans l'esprit créatif d'un développeur d'aujourd'hui. Les adaptations de cartoons en jeux vidéo sont pourtant nombreuses, mais jamais l'un d'eux n'a cherché à rester vraiment fidèle aux cartoons de la Warner. Infogrames change la donne et parvient avec brio à retranscrire l'humour déjanté d'un vrai cartoon, le tout allié à un gameplay basé sur la furtivité et la réflexion. Lever de rideau sur un titre résolument incontournable.

Coup double pour Une Faim de Loup qui se veut aussi réussi que doublement original. Premièrement parce que pour la première fois un titre a été réellement conçu dans le but de respecter le plus fidèle possible l'esprit d'un cartoon. Deuxièmement parce que le but même du jeu est complètement inédit et mérite à lui seul une nouvelle appellation : le steal'em up. Le but, vous l'aurez compris : voler un par un tous les moutons gardés par un chien de berger qui n'attend qu'un geste de la part du loup pour lui faire manger son poing. Ça promet !

Le soft met donc en scène Ralph le coyote, le cousin de Wile E. Coyote (celui qui court éternellement après Bip-Bip). Le personnage se veut hélas aussi obstiné et malchanceux que son cousin, et s'acharne à mettre au point les plans les plus absurdes pour s'emparer des 16 moutons de Sam le chien de berger. La définition-même du anti-héros en quelque sorte, perdant par excellence mais téméraire et qui ne s'avoue jamais battu, même lorsqu'il finit aplati comme une crêpe sous un rocher ou réduit en cendre par une explosion. Alors pour éviter ces désagréments, il va falloir dans chaque niveau trouver la bonne combinaison, le plan efficace qui permettra de quitter le niveau avec sous le bras l'un des précieux ovins.

Dans la pratique, c'est à un jeu très tactique qu'il va falloir s'attendre. Pas la peine de songer à courir à toutes jambes pour aller chercher bravement un mouton sous le nez du chien de berger. Sam n'est pas aussi bête qu'il en a l'air et vous obligera à raisonner pour exploiter habilement l'environnement qui vous entoure. Pour cela, la plupart des personnages de la Warner vous attendrons dans certains niveaux pour vous donner un coup de main. Il faudra supporter la présence collante de Daffy Duck, plus ridicule que jamais, qui vous suit à la trace pour vous donner des tuyaux et vous apprendre à utiliser les gadgets qui vous seront gracieusement octroyés dans chaque niveau.

Ce sont donc une bonne trentaine d'objets en tout genre, de costumes et autres outils de diversion complètement improbables, qu'il faudra récupérer pour chercher ensuite à découvrir leur utilité réelle. Vous n'imaginez pas à quel point un sèche-cheveux ou encore un parfum allié à un ventilateur peuvent être utiles. Mais attention à manier ces armes à double tranchant avec précaution si vous ne voulez pas qu'elles se retournent contre vous. Le soft entraîne le joueur de surprises en surprises, et si le design complexe des différents niveaux oblige souvent à recommencer, on se surprend à persévérer inlassablement pour découvrir de nouvelles astuces. Là encore, on retrouve bien l'esprit du cartoon : le personnage ne meurt pas, il échoue lamentablement mais repart à l'endroit où il a succombé.

Le jeu n'est donc absolument pas linéaire et les bonnes idées se renouvellent sans cesse. L'ensemble des 17 environnements qui composent le jeu se révèlent souvent complexes, et exige de passer d'abord par le tutorial indispensable pour bien assimiler l'art de jouer propre à Une Faim de Loup et comprendre d'emblée l'esprit du jeu. Lorsqu'on commence le jeu en lisant sur une pancarte : "attention, l'utilisation prolongé de ce jeu peut mener les personnes les plus sérieuses à la démence", suivi de l'apparition d'un faux Game Over, on sait déjà à quoi s'attendre.

Ici, les références aux cartoons n'apparaissent pas sous la forme de clins d'oeil, elles composent véritablement le jeu ! En trois années de développement, ce titre est devenu un véritable cartoon « dont vous êtes le héros ». Le coyote dispose d'une foule d'animations délirantes, il peut avancer sur la pointe des pieds, courir à toutes jambes, se cacher derrière des rochers, avancer en se camouflant dans un buisson, porter de multiples déguisements, et c'est chaque fois un régal pour les yeux. Comme lui, le joueur se fait prendre à tous les coups : impossible de prévoir le coup du mur invisible dans la course contre Bip-Bip ou de résister à la tentation d'activer un mécanisme qui fera tomber un rocher juste au-dessus de sa tête.

De la même façon, le chien de berger mémorise les techniques que vous avez employées ! Si dans un niveau, il se laisse hypnotiser par un flûte magique, le molosse ne se fera pas prendre au piège aussi facilement la fois suivante, mais portera des bouchons dans les oreilles ! Souhaitons que le public réserve à ce soft un accueil à la hauteur de ses nombreuses qualités. Si vous aimez les cartoons, foncez sur ce jeu original et débordant d'humour, qui se paye en plus le luxe d'allier avec brio un bon gameplay à une réalisation étonnante et une fidélité incroyable aux cartoons. Espérons que ce titre serve de source d'inspiration à d'autres softs, et pourquoi pas un Droopy sur le principe d'Une Faim de Loup ?

Romendil, le 07 septembre 2001