Test Gothic 3- PC

PC

Il faudrait s'enfoncer dans Gothic 3 uniquement en hiver. Et, avec en fond la lente cavalcade des flocons derrière les vitres, ressentir cette chaleur unique offerte par le jeu de rôle, ce changement de perception autour de soi comme une schizophrénie bienveillante. De vieilles charpentes de bois sombres émergent au-dessus de vous. Une cheminée flamboie progressivement à vos côtés. Soudainement, vous vous rendez compte qu'une longue bibliothèque antique digne d'Alexandrie vous entoure. Vous vous sentez bien.

Gothic 3

Un peu comme lorsque vous faites griller votre quartier de viande auprès du feu pour qu'il devienne aussi goûteux que reconstituant. Ca tombe bien, c'est aussi un des innombrables actes que vous pouvez reproduire dans Gothic 3. Une possibilité qui tient autant du rôleplay que de la vraie nécessité de se poser après une journée joliment agitée. L'occasion aussi de faire le point et de se repérer un peu. Et non, il n'y a pas de marqueur sur ma carte, seulement l'emplacement des villes. A moi de me repérer, de me souvenir... Montera, mon lieu de chute actuel, ne serait pas à quelques lieues au sud ? Oui, je me souviens être parti vers le nord pour retrouver ces fichus sacs de farine dérobés par un groupe d'affreux qu'il m'a fallu mettre en pièces. Ces sacs servent à remplir la panse de mercenaires, anciens militaires du roi Rhobar II ou simples paysans reconvertis en fiers à bras, aujourd'hui asservis sous les griffes des Orques. Ces derniers ont d'abord envahi le Nordmar, la contrée septentrionale de ce grand continent à trois têtes, avant de faire basculer Myrtana et une bonne partie du Varant. L'ordre géopolitique a été brisé dans une guerre de plusieurs années, origine d'une quantité de factions humaines discordantes. Elles regardent le héros sans nom, votre avatar, comme un livre ouvert, un stylo posé à côté. Entre servitude aux projets meurtriers des orcs ou front de libération de Myrtana au sein du clan rebelle, cohabitent aussi des ligues plus floues, qui ne cracheront pas non plus sur votre soutien.

Test Gothic 3 PC - Screenshot 57Dans l'ombre, le héros sans nom va se lancer dans un massacre mûrît pendant de longues minutes.

Ainsi, à l'image des sacs de farine en question, pas une quête ne peut prétendre être totalement distincte du contexte d'occupation qui règne ici-bas, et donc, même le plus indirectement, de la trame principale : c'est-à-dire mener ce grand continent à son destin, quel qu'il puisse être. Et c'est un véritable tour de force de Pirahna Bytes d'être ainsi arrivé à lier tout cet ensemble sans jamais nous ceindre dans une faction en particulier. Un système de réputation vous permet d'associer plusieurs alliances, et de décoincer des portes d'entrée vers d'autres possibilités, d'autres endroits, comme un bastion rempli de responsables orques haut placés ou un entrepôt rebelle particulièrement fourni. Et c'est dès lors que Gothic 3 donne le vertige car à presque chaque quête existe une sorte de "miroir" qui vous laisse le droit de bouleverser votre position et de trahir, prévenir le sang, collaborer, ou tout simplement, et plus intelligemment, profiter de la situation, au dépens de toutes les parties. Par le truchement de dialogues frais, courts, percutants, capable de provoquer le rire comme l'inquiétude, et étayés par un doublage en français qui va encore me faire sortir des tas de superlatifs, Gothic 3 s'approprie une structure remplie de malice et de secondes lectures que l'on peut placer au même niveau que celle d'un Fallout ou d'un Planescape Torment.

Test Gothic 3 PC - Screenshot 58Toute l'adversité du titre dans une seule image. Couché !

Les PNJ ne se contentent pas d'être de simples balises à quêtes. La plupart des humains se révèlent faillibles, capables d'erreurs et de felonies envers leur propre camp, dotés de réflexions contradictoires, lesquelles créent justement les nombreux choix qui vous sont proposés. Le cas des esclaves humains, par exemple, met à jour cette humanité. Les mercenaires à la solde des Orques n'éprouvent pas tous de l'indifférence à leur vue, et, quand bien même l'un d'entre eux sait pertinemment que nombre d'esclaves servent sous le manteau la cause rebelle, la pitié peut le mener à vous demander de trahir l'ordre d'un capitaine, qui est pour sa part totalement au pied des orques, rendu impuissant par la peur et la lâcheté. Les envahisseurs, superbement mis en image (l'une des représentations orques les plus puissantes qui ait été imaginée) ne sont pas non plus uniformes dans leur comportement. Les puissants ont de la noblesse, quelque chose des grands Bismarck Allemands, instruits et sévères. Les troufions sont de véritables GI avec le QI d'une patate crue, et que vous pourrez mener à la baguette avec un peu de doigté. Pour autant, si ces orcs de base sont ceux dont le flanc porte le plus à rire, chaque faction connaît aussi son quart d'heure de gloire ridicule, d'auto-parodie ou de moquerie vivace par un ou plusieurs PNJ particulièrement clairvoyants. Pirhanna Bytes se dédouane très subtilement d'agir dans l'Heroic Fantasy bravache, trop blanche pour être chaleureuse et fait monter le venin de la Dark Fantasy avec la levure de l'Histoire, qu'elle soit ancienne ou actuelle.

Test Gothic 3 PC - Screenshot 59Les combats, lents, lourds et puissants, sont aussi très techniques.

S'il fallait exposer exhaustivement les tripes ludiques de Gothic III, sa machinerie, il faudrait réécrire une version de Cyrano vouée au RPG PC. En pleine période de vulgarisation des genres les plus caractériels, la série éditée par Jowood fait la nique aux compromis consolistes et aux progressions clés et petite fleur en mains. La balade aux champignons est ici proscrite pendant les 10 premières heures de jeux, et il en est de même des intimidations hasardeuses. Votre premier adversaire, c'est le terrain lui-même qui ne prend jamais la peine d'annoncer une falaise abrupte ou un bosquet sous contrôle sanglier (saletés d'animaux, évitez-les autant que possible). L'autre épée de damoclés est votre propre vulnérabilité de simple homme. Pour vous donner un point de mesure, une meute de trois loups vous posera des problèmes jusqu'à ce que vous ayez pu mettre la main sur une armure conséquente et que vous ayez pu obtenir au moins le double de vos points de force initiaux. Cette exigence naît de contraintes somme toute naturelles : le jeu n'autorise ni le soin "à la volée", ni la régénération par le sommeil hors d'un lit. D'autre part, votre personnage possède une inertie qui rend chacun de ses mouvements certes puissant, mais toujours risqué. On râle assez souvent au début contre cette simulation de lourdeur qui rend le héros sans nom aussi peu réactif à changer de cible, puisqu'il est guidé par un simili lock, que peu prompt à se relever quand il se fait bousculer. Précisons qu'à terre votre avatar peut encore recevoir des beignes. J'espère arriver à vous faire comprendre que, de fait, le moindre encerclement créé par quelques dinosaures et araignées géantes ressemble à un traquenard mortel, et qu'il faudra privilégier la fuite pendant les premiers temps. Et ce ne sont pas vos montées en niveau relativement fréquentes qui y changent quelque chose car il y a une petite subtilité. L'amplification de vos caractéristiques, l'apprentissage de nouvelles compétences et, dans le même ordre d'idées, l'acquisition de nouveaux sorts ne se fait pas de manière syncopée à chaque level-up mais en s'adressant à des maîtres ou des dieux (par le biais de certaines statues). En fait, vous récupérez à chaque grimpette de niveau un certain nombre de points d'apprentissage que vous pourrez redistribuer auprès de ces entités. Très souvent, ces points ne suffisent pas à eux-seul. Suivant une doctrine qui a cours dans Final Fantasy XII ou l'ancien Arcanum, Gothic 3 insiste sur la notion de bourse bien remplie. Sans cette veille vous n'irez finalement pas bien loin puisque, en sus des points d'apprentissage, les compétences et les caractéristiques requièrent aussi de l'argent pour être obtenues. Comme réponse à ce besoin constant, la moindre petite quête résulte sur une cagnotte, et les moyens de se faire de l'argent sont de toute façon abondants. Conséquence : un titre sévère, strict, qui force le joueur à faire don de lui, que ce soit pour se repérer, pour monter en puissance, pour acheter des bottes ou juste pour aller au prochain village.

Test Gothic 3 PC - Screenshot 60Si vous êtes nés sous le signe de la vipère, vous allez vous amuser, ça oui.

Inutile de creuser plus intensément la substance de Gothic 3. A vous désormais d'aborder, avec toute l'innocence qui vous est due, le charme puissant opéré par la production de Piranha Bytes. Ce souffle de pur jeu de rôle immersif, caustique et harassant n'aurait pu trouver d'écho en 2006 sans une technique adaptée. Ce dernier mot n'est pas anodin car Piranha Bytes semble avoir oublié que la démonstration technique est impressionnante à la seule condition de s'adresser au plus grand nombre. Alors, certes, avec la majorité des options visuelles, l'écran baigne dans une abondance d'éléments, les shaders font parler un splendide motion blur en arrière-plan, et chaque texture en normal mapping est animée par une luminosité fine est puissamment mise en avant par du HDR. Mais ce résultat formidable, qui n'est pas pour autant foncièrement supérieur aux plus belles plastiques de cette année sur PC, combien de machines pourront véritablement le faire tourner ? Celles qui ont 2Go de Ram en premier lieu, car elles ne connaîtront pas les affres d'une zone entièrement contrôlée en streaming, où ne règne aucun temps de chargement. Il s'agit d'une authentique performance technique, c'est vrai, mais soyez prévenu, ce quota minimum de RAM, vous le ressentirez surtout comme une infection qui rompt outre-mesure la fluidité de votre progression. Pour s'appesantir encore un peu sur le plan technique, Gothic 3 fait perdurer, à faible mesure, cette réputation de série mal finie. Depuis le premier patch, publié hier 12 octobre, la stabilité est de mise mais il m'est arrivé de constater quelques étrangetés après certains chargements : des dialogues qui se succèdent très lentement, un avatar qui disparaît, des arbres qui se replient sur eux-mêmes (?) Rien de bien méchant, en tout cas au regard des exaspérants retours bureau avant la diffusion du patch. Pour conclure, et parce qu'il est totalement exclu de mettre en porte-à-faux ce Gothic 3 que j'ai juste envie de retrouver dès la fin de ma pieuse rédaction, plusieurs mots doux sur la musique, qui brise d'abord les clivages entre grosses caisses et guitares sèches, attaque des valkyries et flamenco fragile, fantasy et recherche musicale autre que le simple combo : grosse caisse, trompette et violon. Mais, surtout, ces compositions sont belles à en crever. Et fascinent, à l'instar d'un jeu qui met finalement KO par enivrement.

Aiste, le 13 octobre 2006

Les notes

  • Graphismes 17/20

    Coupable de quelques facilités, principalement des répétitions de modèles humains et un lot d'animations empâtées, Piranha Bytes n'en est pas moins un maître graveur qui a livré une commande de satin. Les velléités visuelles peuvent passer du village le plus cradingue façon Vicomte à une vallée totalement câline. Les deux seront convaincants, remplies de reliefs et vibrations lumineuses.

  • Jouabilité 18/20

    Toutes les opérations du jeu de rôle sont là, mais organisées dans un ordre particulier et disposé derrière quelques contraintes volontaires que vous devrez faire sauter à l'aide de votre seul investissement. Votre progression est grandement basée sur la finance, il y a un équilibre à respecter entre exécution des quêtes, marchandage et apprentissage auprès des maîtres et dieux. La grande liberté d'action et d'influence rappelle de grands noms du jeu de rôle : Fallout, Planescape, Arcanum.

  • Durée de vie 18/20

    L'aire de jeu est assez condensée mais ne comporte aucune zone morte ou inutilisée, ca grouille de dangers dans tous les coins. De fait, si vous courez vers la petite maison dans la prairie, c'est sans doute votre tête qui arrivera la première. Enormément de quêtes, 5 factions différentes, des tas de trucs à faire, avec une pincée de rôleplay. L'investissement est aussi avantageux sur le plan ludique que financier.

  • Bande son 19/20

    Quel beau doublage, expressif et coloré sans être théâtral ! A prendre en modèle pour tous les futurs J.D.R. PC. La localisation dans son ensemble est d'ailleurs innataquable. Quant à la musique, je vous laisse relire mon éloge à la fin de l'article. La seule joie qui m'agite en complément est d'espérer entendre mieux sur PC d'ici la fin de l'année.

  • Scénario 18/20

    Les soubresauts de Nordmar, Myrtana et Varant ont des similtudes avec l'Histoire. De même que les relations entre chaque camp jouissent d'une grande finesse. Ces personnages jalousent, souffrent, se marrent et se contredisent. C'est de l'esprit humain, faillible et paradoxal, que naissent les quêtes, qui sont elles-mêmes toujours liées au sort de ce monde. Une cohérence admirable.

  • Note Générale17/20

    C'est un roc qui pique. Un vrai jeu de rôle qui distinguera les puristes du reste. Il faut réapprendre à avancer à pas de loups, à investir la moindre pièce d'or gagnée, et à s'orienter à la carte. Il faut réapprendre à parler, à tirer la plus petite ficelle sociale à son avantage. Bref, il faut se remettre au boulot. Sans le manque frustrant d'optimisation, et les quelques erreurs de finalisation, Gothic 3 aurait dicté sa loi sans contestation. Mais celle-ci restera sans doute sourde face à une musique aussi divine. Un grand titre, qui vous demandera d'oublier tout le reste pendant quelque temps.

    La note de la rédaction est une appréciation de la qualité générale du jeu, mais n'est pas une moyenne arithmétique des différents critères.

  • Note Lecteurs 16/20

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Mots-clefs : Gothique 3, Gothic III, Gothique III

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